Association pour la découverte et la promotion du patrimoine de St Pierre

1795 – La bataille du Port d’Orange

Extrait de l'article
Les mémoires du Vicomte de la Villegourio et de Rouget de l’Isle nous permettent de comprendre cette bataille du Port d'Orange, le 21 juillet 1795, après la prise du Fort Penthièvre.
Participants à la rédaction de cet article
Photo : tableau de Pierre Oudin en 1889 Episode de la déroute de Quiberon.
Rédaction de cet article : Jean-Louis Guého
Copie des images et textes
interdite sans l'autorisation de KER1856
Extrait de l'article
Les mémoires du Vicomte de la Villegourio et de Rouget de l’Isle nous permettent de comprendre cette bataille du Port d'Orange, le 21 juillet 1795, après la prise du Fort Penthièvre.
Participants à la rédaction de cet article
Photo : tableau de Pierre Oudin en 1889 Episode de la déroute de Quiberon.
Rédaction de cet article : Jean-Louis Guého
Copie des images et textes
interdite sans l'autorisation de KER1856

La bataille du Port d’Orange

Il y a 230 ans « l’Affaire de Quiberon » aurait pu changer le destin de la France, mais en raison de la mésentente entre les chefs de l’expédition qui commandaient ce débarquement, et de la rouerie de l’Angleterre, cet épisode se termina en drame au « champ des Martyrs à Auray ».

D’après les mémoires du Vicomte de la Villegourio

Jean Sorieul en 1850 - La bataille de Quiberon

A deux heures et demie du matin du 21 juillet nous fûmes réveillés par une forte canonnade. En un moment le régiment (NdlR  le régiment est basé près du village de Kerhostin) fut sous les armes, cherchant à deviner la cause de ce bruit inattendu à pareille heure.

Bientôt apparurent à cheval le marquis Charles Eugène de SOMBREUIL et monsieur de la VILLÉON  qui commandait notre régiment, aussi ignorants que nous, ils venaient aux informations. Le temps était affreux, la mer agitée, la pluie tombait à torrent.

Un quart d’heure écoulé, le marquis de SOMBREUIL repassa avec le comte de PUISAYE et son aide de camp le marquis de la JAILLE. L’ordre du commandant en chef, le comte de PUISAYE, fut donné de rentrer chacun chez soi !

A peine avions-nous reposé les armes qu’un bruit de mousqueterie soutenu se fit entendre. SOMBREUIL réapparaît et nous ordonne d’être prêts à marcher et qu’il ne tardera pas à nous rejoindre. Quelques minutes plus tard, à son retour, il nous apprit que le fort Penthièvre avait été livré aux républicains par trahison ; les soldats fidèles au roi avaient été en partie égorgés, l’autre partie tués en se défendant vaillamment.

Après cette fâcheuse nouvelle, un bruit affreux se fit entendre qui précéda l’arrivée d’une multitude de femmes, d’enfants et de vieillards poussant des cris lamentables et fuyant en toute hâte l’approche de l’ennemi qui se répandait déjà dans la presqu’île en forces supérieures.

Cependant SOMBREUIL après nous avoir donné l’ordre d’occuper le port d’Orange et de défendre la batterie qu’il croyait en bon état, était allé vers PUISAYE pour le prévenir de la prise du fort, il apprit en chemin que celui-ci venait de s’embarquer à bord d’un vaisseau anglais et qu’il lui donnait le commandement. Cette nouvelle bien inattendue fut bientôt connue de toute l’armée royaliste et produisit l’indignation de celle-ci. Le nom de traître lui fut prodigué.

D’après les ordres que nous avait laissés SOMBREUIL le régiment marcha sur le port d’Orange et prit position à sa droite. Monsieur de MONTBRON, capitaine d’artillerie du régiment, alla le visiter avec sa compagnie mais il n’y trouva qu’une mauvaise pièce de vingt-quatre en fer, sans affût ni munition.

La position que nous avions prise n’était déjà plus tenable. Déjà les troupes « bleues » débordaient sur notre gauche et menaçaient de couper notre retraite vers Quiberon, ils ne manœuvraient que sur notre gauche, leur but était de s’emparer de la position d’un moulin à vent. 

Tableau de Philippe, Auguste HENNEQUIN – 1804 – La bataille de Quiberon

Nous rejoignîmes à quelque distance du port d’Orange le régiment de la Marine marchant à notre secours. SOMBREUIL ne nous cacha pas ni le danger du moment ni les résultats de la trahison mais il ajouta qu’il restait un espoir c’était de reprendre le fort aux « bleus ». Marchons ! fut la seule réponse de tous. Nous faisons alors reculer l’ennemi d’une demi-lieue…

Tout à coup nous nous aperçûmes que l’ennemi nous débordait sur notre gauche. Un hussard nous instruisit : « Une partie du régiment d’HERVILLY était composée de prisonniers français qui croupissaient sur les pontons anglais et avaient été enrôlés dans ce régiment. Ils passèrent à l’ennemi et égorgèrent leurs officiers ».

SOMBREUIL ordonna la retraite vers Quiberon.

Mémoires de Rouget de Lisle (page 85)

… Au milieu de la confusion et de la terreur qui régnait chez les royalistes, personne n’avait songé à ce qui avait été prévu avec le commodore, l’amiral Warren : qu’un feu serait élevé au mât du pavillon du fort pour l’avertir. La brume dont la mer était couverte, la distance à laquelle ils étaient mouillés ne permettait pas aux vaisseaux anglais de distinguer le drapeau tricolore substitué au drapeau blanc et nul moyen ne restait à PUISAYE pour suppléer au signal oublié. Forcé d’évacuer son quartier général de Kerdavid et se dirigeant vers Saint-Julien, cantonnement de SOMBREUIL, il passe devant le port d’Orange où il voit quelques embarcations surchargées de peuple et de soldats quoiqu’elles fussent presqu’à sec, la marée étant basse et la mer continuant de se retirer…

Un homme s’approche de lui, ROHU, chouan intrépide et pilote habile, connu de l’amiral WARREN. PUISAYE lui donne l’ordre  de se rendre auprès du commodore pour l’instruire de ce qui se passe et de faire avancer ses canonnières  qui seules peuvent arrêter l’ennemi et d’envoyer en même temps tous les bateaux dont il dispose. Du port d’Orange, le comte suivi d’une foule qui grossit à chaque instant continue de marcher vers Saint-Julien…

Claude DERVEN ( 1898-1978) : « Quiberon »

… Au port d’Orange, dès qu’a été connue la prise du fort, l’embarquement s’est organisé. Il semble que vers quatre heures du matin, les malades et blessés qui gisaient couchés dans l’église du bourg ont pu être évacués. Hélas la mer reste grosse alors même qu’elle descend, tandis que grandit l’affolement des malheureux qui ne cessent d’accourir en foule ; ils se bousculent sur les rochers que la mer découvre, dès que s’approchent les canots et chaloupes envoyés par l’escadre. Afin d’empêcher les embarcations surchargées de chavirer, les matelots anglais frapperont à coup de sabres les mains qui tentent de s’agripper aux canots…

Monseigneur de HERCÉ logé au bourg se rend au port d’Orange et devant la multitude affolée de femmes, d’enfants, de vieillards, il se refuse à embarquer pour ne pas prendre la place d’un autre, ce qui scelle son destin tragique… 

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