Association pour la découverte et la promotion du patrimoine de St Pierre

La villa « Les Embruns » à Keraud

Extrait de l'article
Danièle Jourdan-Le Goff nous raconte l'histoire de la villa des Embruns construite par son arrière-grand-mère. Cette villa est située en bordure de mer, côté baie, au niveau du village de Keraud, sur la plage qui donne sur le port d'Orange à Saint-Pierre Quiberon.
Participants à la rédaction de cet article
Entretien avec Danièle Jourdan-Le Goff avec Jean-Claude Martin et Florence Beaud
Article rédigé par Jean-Claude Martin.
Copie des images et textes
interdite sans l'autorisation de KER1856
Extrait de l'article
Danièle Jourdan-Le Goff nous raconte l'histoire de la villa des Embruns construite par son arrière-grand-mère. Cette villa est située en bordure de mer, côté baie, au niveau du village de Keraud, sur la plage qui donne sur le port d'Orange à Saint-Pierre Quiberon.
Participants à la rédaction de cet article
Entretien avec Danièle Jourdan-Le Goff avec Jean-Claude Martin et Florence Beaud
Article rédigé par Jean-Claude Martin.
Copie des images et textes
interdite sans l'autorisation de KER1856

Il s’agit d’une des villas qui bordent le sentier Eric Tabarly. Et qui font partie du paysage saint-pierrois.

Elle a été construite en 1906 par l’arrière-grand-mère de Danièle Jourdan-Le Goff.

Celle-ci nous reçoit dans la maison construite au fond de la propriété par rapport à la Villa.

Danièle Jourdan-Le Goff
" La longère avant sa restauration en courgère "

On appelle cet endroit « Les Embruns d’en haut », il y avait une longère qui datait de 1818 (voir cadastre de1853 ci dessous). Raccourcie depuis sa récente restauration et appelée maintenant « Courgère » (opposé de longère nous dit Danie avec un éclat de rire).

Son grand sourire et sa faconde nous enchantent immédiatement et elle nous emmène rencontrer son aïeule.

La Villa des Embruns construite par Alice Darthenay-Jourdan

Alice Darthenay- Jourdan

Mon arrière-grand-mère, Alice Darthenay-Jourdan est née à Granville en 1859, dans la Manche, et ses parents se sont ensuite installés à Avranches. 

C’est probablement là qu’elle a rencontré son futur époux François JOURDAN originaire de Quiberon, où il est né en 1853. Il exerçait la profession de contrôleur des contributions directes, clin d’œil à son aïeul qui avant la Révolution était employé de la Ferme générale.

Ils ont eu deux enfants, François (né en 1885) et Roger (né en 1883).

En 1885, François JOURDAN, l’époux d’Alice, décède et celle-ci se retrouve veuve à l’âge de 26 ans avec deux enfants.

Pendant les années qui ont suivi le décès de François, elle avait un amoureux à Avranches qui était professeur de français et qui s’appelait Emile LUCAS. Il lui a demandé de l’épouser, elle lui a répondu « Mais moi je ne vous aime pas », « Ce n’est pas grave je vous aime pour deux ».

Ils n’ont pas eu d’enfant, mais ils se sont mariés, c’est pourquoi dans la villa il y avait de nombreux livres avec le nom d’Emile LUCAS.

Danie se souvient : « Enfant, je ne savais pas qui était Emile Lucas,  je lisais tous ses livres et je me suis longtemps demandé pourquoi il les signait tous. Nous déjeunions dans la salle à manger où il y avait le portrait en peinture d’Emile Lucas qui me fascinait, il avait un beau regard, bienveillant, il était très vivant. On avait l’impression qu’il était toujours avec nous ».

Alice était une femme de caractère avec des idées bien arrêtées. Attirée par la Bretagne sud (peut-être que son époux lui en avait parlé en bien) elle cherche à s’y installer, alors que ses enfants sont un peu plus âgés (22 et 20 ans). Elle prospecte à Carnac, La Trinité et Saint-Pierre. Son dévolu se porte sur un grand terrain en bord de mer sur lequel elle fait construire la villa des Embruns suivant des indications précises (son côté bâtisseur nous dit Danièle). 

Elle était également une artiste, elle peignait et gravait sur bois.

Elle est décédée à Bégard en 1927.

Son fils aîné, Roger, est décédé en 1969. Il était colonel en retraite et officier de la Légion d’Honneur, titulaire de la Croix de guerre 14/18 et 39/45.

Cadastre 1853

Son second fils, François, s’est marié en 1911 avec Marie Florence FULCHIRON. Il était lieutenant de vaisseau. Ils n’ont eu qu’un enfant Lucien, Emile JOURDAN né à Wasquehal dans le Nord en 1912, père de Danie.

Lucien Jourdan : être sur l'eau et naviguer était sa passion depuis toujours. 

Lucien Jourdan-officier de marine-le père de Danièle

« Sur la photo, mon père est en grand habit de cérémonie avec sa cape, que j’ai conservée. La marine fournissait cette belle cape pour les habits d’apparat. C’est un beau drap de laine  » bleu navy  » que j’ai porté de nouveau moi-même pour de grandes occasions, notamment à l’opéra de Paris « .

Lucien Jourdan connaissait bien Saint-Pierre et naviguait régulièrement dans la baie. Tous ses bateaux ont été très importants pour toute la famille. 

 Depuis son enfance, vers l’âge de douze ans, il naviguait sur son premier bateau « Pépète », un petit côtre à voile qui a été racheté, bien des années après, par l’association des Amis de Saint-Cado.

Il avait lié amitié avec Pierre MANUEL le directeur de l’usine la Bonne Bretonne, mais également avec le commandant TILLY, à qui il a vendu …à un prix d’ami, son cher bateau à voile  « Fleur de mai ». Il ne l’aurait cédé à personne d’autre. Si un de nos lecteurs sait ce qu’est devenu ce bateau qui a longtemps mouillé à La Trinité sur mer…

Devenu trop petit pour la famille qui s’était agrandie de quatre enfants, il a acheté « Alcyone », un beau, vieux bateau en bois de 11m, qu’il a entièrement restauré lui-même et gréé en ketch car il naviguait mieux sous certaines allures. Ce bateau était la fierté de son propriétaire, il paradait dans le port d’Orange. derrière la balise dans l’axe des Embruns. 

 Son dernier bateau à voile, de 10m environ, « Apsara », nom historique des danseuses cambodgiennes (sans doute en souvenir de ses nombreux voyages d’officier de marine dans cette partie du monde), le seul qui n’était pas en bois, lui donnait moins l’occasion de bricoler.  

Danie nous raconte une anecdote familiale fréquente : « Nous déjeunions dans la salle à manger des Embruns. A l’approche du déjeuner, si le vent se levait, papa nous disait : « Mes enfants, tout le monde prêt dans une heure, nous appareillons !  » Maman se dépêchait de préparer le traditionnel rôti de porc avec la salade de pommes de terre et tout le monde descendait sur la plage avec les sacs et hop ! dans l’annexe (quand le moteur voulait bien démarrer..) nous embarquions pour quelques jours vers nos chères îles préférées ou le golfe où nous adorions naviguer à cause des virements de bord incessants. Que de beaux souvenirs !

Il a appris à naviguer à de nombreux marins de Saint-Pierre avec la grande discrétion qui était sa marque. Comme tous les marins, papa était un  » taiseux « . 

Une nouvelle aventure pour la villa des Embruns

La villa a été rachetée en 2022 et magnifiquement rénovée. Elle continuera à faire partie du paysage de la baie et à conserver la mémoire de sa créatrice.

Les Embruns
Les Embruns année de création 1906
Les Embruns côté baie, avant rénovation
Les Embruns en 2026, après rénovation

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1856 : création de la commune de Saint-Pierre

Le saviez vous ? le village de Saint-Pierre n’existe pas.