De 1943 à 1962 : de Ploemel à Vannes en passant par Quistinic
« Je suis née le 13 septembre 1943 à Ploemel (56400). Je suis issue d’une famille nombreuse, de 9 enfants. Il en reste 7 aujourd’hui. Je suis 4éme dans la fratrie. Entre mon frère ainé et moi, il y a 5 ans. Le temps d’une guerre !
Il y avait déjà trois enfants et mon père est parti à la guerre et lorsqu’il a été démobilisé, je suis née. Mes parents n’étaient pas riches, mon père travaillait aux Ponts et Chaussées et ma mère était bien affairée avec tous ses enfants.
Nous étions très nombreux à la maison, et comme cela se faisait souvent à l’époque, j’ai été confiée à un grand-oncle, pour soulager un peu le poids de notre éducation. Il était né en 1885, je m’en souviens car c’était la même année que la mort de Victor Hugo. Il était recteur à Quistinic (56310) depuis 1938, il y restera jusqu’en 1961. J’ai donc vécu dans un presbytère à Quistinic de mes 7 à 12 ans , de 1950 à 1955. En fait, jusqu’à ma classe de 6ème.
La vie était stricte mais je n’ai jamais été malheureuse au presbytère. Au contraire, il me vient encore des souvenirs cocasses car deux des employées de maison, des bonnes comme on les appelait à l’époque, étaient plutôt portées sur la boisson et nous partions à la chasse aux bouteilles planquées, mon grand-oncle et moi dans ce grand bâtiment !
Ce qui était plus dur, c’était que j’étais éloignée de mes parents. Je me sentais déracinée de Ploemel et ne revenais les voir que pendant les vacances scolaires. Je ne suis jamais retournée y vivre vraiment car après ma 6ème, je suis rentrée directement à l’école normale privée de Vannes, chez les religieuses de Kermaria. La maison mère de ces sœurs était près de Locminé. Elles étaient « raides » les sœurs, et je pense que cette éducation très stricte a dû me rendre un peu sévère. De la 6ème à la terminale, j’ai donc travaillé à mes études d’institutrice.
Les sœurs insistaient pour que je poursuive des études de langues car je semblais douée, mais mes parents n’avaient absolument pas les moyens ! Déjà, j’ai réussi en passant des examens et en les réussissant, à obtenir deux bourses dont je pouvais être un peu fière : la bourse nationale en 1955, (j’ai fini 1er prix du canton de Plouay) puis la départementale. A l’école Normale, j’étudiais et je m’entrainais parallèlement à enseigner à l’école d’application qui était une école primaire dont dépendait l’administration principale. Mon grand-oncle, érudit, aurait bien voulu que je devienne Petite Sœur des Pauvres. Il m’a emmenée à Rennes les rencontrer, mais je lui ai dit que ce n’était pas pour moi. Je voulais être enseignante. J’aurais adoré aller dans l’armée aussi, mais cela ne se faisait pas à l’époque d’être femme militaire. Et d’ailleurs, je ne sais pas si cela aurait été supportable car je me « regimbais » tout le temps à l’époque même si l’autorité des Sœurs était terrible ! Nos promenades en uniforme, dans les rues de Vannes, ressemblaient plutôt à des défilés militaires. J’avais déjà un sacré caractère. J’ai donc passé mes deux bacs à Vannes, à l’école Normale Sainte-Anne de Trussac sur la route de Conleau. J’ai encore des photos de cette période. En première, j’ai passé le BAC « M » comme mathématiques et en 1962, j’obtiens mon diplôme complet en passant la Philo. J’ai 19 ans, mon diplôme en poche et un métier qui m’attend ! Celui que j’ai voulu.
Quiberon, ma première affectation en septembre 1962…
Je suis nommée professeure de collège, chez les sœurs, au collège Sainte-Anne de Quiberon. J’enseignais l’anglais et les mathématiques et étais titulaire de toutes les 4èmes. Il n’y avait que des filles, bien sûr à l’époque, les garçons étaient à Saint-Clément. (Jean Michel BELZ, longtemps maire de Quiberon venait lui aussi de Ploemel et se trouvait à Saint- Clément)
Je m’installe donc à Quiberon mais je n’aimais pas mon logement car j’habitais chez les sœurs qui me surveillaient tout le temps et qui m’imposaient le port d’un chapeau pendant la messe ! Je n’y suis restée qu’une année car j’ai vite pris, l’année suivante, un petit appartement avec mes deux jeunes sœurs dont j’avais la garde pendant leurs études à Quiberon. Elles étaient en 5ème et 6ème. Nous vivions toutes les trois dans une même pièce dans un petit logement derrière la poste. Un bout de vie très chouette cette année-là. Elles sont reparties étudier à Auray quand j’ai rencontré mon mari et que je me suis mariée.
J’ai rencontré mon futur mari, Roger, à un bal de noces à Saint-Anne d’Auray. Il était de Saint -Pierre, du village de Kerdavid plus précisément. Il était issu d’une grande famille lui aussi. Une fratrie de onze enfants ! Ce n’était pas simple à gérer, ma belle-mère, Delphine MOISSON, née en 1898, avait eu quatorze grossesses. Mon mari était né en 1942.
Je deviens donc madame MOISSON en 1964. Nous nous sommes mariés à Ploëmel. Nous avons eu notre fille aînée en 1965, mon fils en 68 et ma petite dernière en 1971.
Très vite, j’ai voulu changer d’affectation et je suis repartie enseigner en primaire à l’école Rosnarho à Crac’h (56950). C’était là encore une école catholique, mais les actions menées par les sœurs envers les enfants de la DDASS ou (dans d’autres circonscriptions) pour les prostituées, m’ont profondément réconciliée avec les religieuses. Elles étaient d’Annecy, de l’Immaculée conception et elles étaient formidables. J’étais une jeune maman à l’époque et les religieuses, toujours très attentionnées, gardaient mes enfants jusqu’à leurs deux ans pendant que je faisais classe. J’ai le souvenir de ma fille aînée, dormant dans une boîte en carton dans la cuisine, sous leurs regards bienveillants. L’entraide était une valeur ancrée dans le réel.
Nous avons donc habité Auray de 1964 à 1979 et quand la DDASS a fermé l’école pour en faire un C.A.T, je suis partie enseigner à Saint-Goustan à l’école primaire. Il y avait très peu d’enfants dans cette école, aussi j’avais la charge, de 1973 à 1979, de quatre cours, les CE1/CE2 et les CM1 /CM2. En 1979, cette école à Saint-Goustan ferme et j’ai été nommée directrice de l’école de Keraud à Saint-Pierre.
Saint-Pierre Quiberon, l'école de Keraud
En fait, j’ai succédé aux religieuses qui avaient quitté les lieux, (vous lirez sûrement l’histoire de cette école qui a plus de 100 ans ! ) et je suis devenue la première directrice d’une école catholique au fonctionnement laïque ! Ça a bousculé pas mal de monde mais moi je sais que cela restait une école catholique même si elle n’était plus gérée par des sœurs. L’école Saint-Joseph appartient à une association loi 1901 qui est autonome, une association de propriétaires dont j’étais présidente de 1998 à 2022. A l’époque, le terrain à côté appartenait à l’école. J’avais, tous les ans, des propositions d’achat de ce terrain que nous avons sans cesse déclinées. C’est moi qui animais les messes le samedi soir ! je faisais donc, l’école, l’étude, la messe. Quand je suis arrivée il y avait deux enseignantes avec moi pour 85 élèves. L’effectif a baissé ensuite. J’y ai enseigné de 1979 jusqu’à ma retraite en 1996. On en a fait des sorties scolaires : on partait tous les ans en classe transplantée, à la neige ou en classe verte. J’ai même créé en 1980 une chorale d’enfants, la KAN ER MOR (qui veut dire chant de la mer) , c’était beaucoup de chansons d’enfants. La chorale, qui existe encore aujourd’hui, a été reprise au sein de l’association “Loisirs et Culture” et fait chanter désormais des adultes.
J’ai aimé « mon » école de Keraud. C’était comme une petite famille. Un village. Je connaissais tous les parents d’élèves qui étaient, à l’époque, en majorité des Saint-Pierrois, c’était sympa. Certains enfants venaient de familles recomposées.
Jeannette LANTIL m’a accompagnée comme membre de l’A.P.E.L puis de l’O.G.E.C pendant toute ma carrière à Keraud, elle nous a quitté en 2024
Je suis heureuse d’avoir pu tout mener à bien : mes trois enfants et l’école ainsi que mon investissement dans la commune. Je garde des souvenirs très vivants de cette période :
J’ai eu en classe, des enfants assidus et d’autres plus turbulents. Ah, ça remuait parfois ! Un jour, j’ai sommé un élève de prendre la porte comme punition, Il m’a prise aux mots et l’a vraiment dégondée !
L’école s’est transformée depuis sa création. On a fait faire un appartement au-dessus du préau et une partie de la vente du terrain a permis de refaire la nouvelle maternelle.
En 1991, l’année du centenaire de l’école, nous avons fait une belle grande fête en réunissant pas mal d’anciens élèves. Nous avons même eu en classe le fils d’une marquise. Sa maman, Cécilia née Van Rossum est devenue marquise en épousant Jean di Montagliari!. Elle a, pendant un moment, habité Kerbourgnec.Elle est décédée en 2014. Elle était photographe. C’est elle qui a pris les photos du centenaire de l’école. Ce centenaire fut, en quelque sorte, l’apothéose de ma carrière d’enseignante.
J’ai pris ma retraite en 1996. J’avais 53 ans. Nous avons continué d’habiter Saint-Pierre. Je ne sais pas vraiment combien d’enfants sont passés devant mon tableau noir mais ce que je voulais, c’est que tous, même ceux qui avaient du mal à s’adapter, sachent lire et compter !
Le 12 février 2004 je reçois le titre des Palmes Académiques pour service rendu à l’éducation nationale
Je croise avec bonheur, encore pas mal de bambins de Saint-Pierre, qui sont désormais devenus adultes, des parents voire des grands parents pour mes premières élèves.
Ils me saluent en criant, « Bonjour Mado ! »
Madeleine nous raconte sa journée de classe classique :
8H45 arrivée des élèves, je sonnais la cloche,
- Tout le monde en rang devant la porte dans la cour d’école,
- On rentrait en classe en silence,
- On commençait par un moment de recueillement catholique,
- Je faisais cours à un niveau pendant que les autres avaient des devoirs et on inversait les groupes. Les tables en bois avaient des encriers de porcelaine .J’en ai gardé un exemplaire en souvenir.
- ¼ d’heure de récréation le matin,
De midi à 1 heure déjeuner : nous avions une cuisinière sur place puis la cantine municipale a été mise en place.
A 13h
- Reprise du travail
- Sport
- 16H30 fin des cours et étude.
- On faisait ¼ d’heure de plus par jour pour le catéchisme.