Association pour la découverte et la promotion du patrimoine de St Pierre

Keridenvel, au début du XXe siècle

Extrait de l'article
Jean-Paul Le Blaye et son cousin Louis Le Port se souviennent de leurs enfances et de la vie de travail de leurs grands-parents Le Blaye à Keridenvel.
Participants à la rédaction de cet article
Entretien avec Jean-Paul Le Blaye et Louis Le Port par Gaël le Bourgès et Françoise Pichon
Rédaction de l’article par Françoise Pichon
Copie des images et textes
interdite sans l'autorisation de KER1856
Extrait de l'article
Jean-Paul Le Blaye et son cousin Louis Le Port se souviennent de leurs enfances et de la vie de travail de leurs grands-parents Le Blaye à Keridenvel.
Participants à la rédaction de cet article
Entretien avec Jean-Paul Le Blaye et Louis Le Port par Gaël le Bourgès et Françoise Pichon
Rédaction de l’article par Françoise Pichon
Copie des images et textes
interdite sans l'autorisation de KER1856

Jean-Paul Le BLAYE, grand, mince, yeux bleus perçants et moustache blanche impressionnante, nous accueille à Keridenvel, où il habite des bâtiments copies d’une ferme. La pièce où il nous accueille est décorée de meubles et d’objets témoins de la vie rurale au 19e et au début du 20e siècle. Chaleureux et disert, il émaille volontiers de mots bretons les souvenirs qu’il nous confie, illustrés de nombreuses photos. Son cousin germain, Louis Le PORT, yeux bleus perçants aussi, plus réservé, se joint à lui pour un deuxième entretien. Il a moins vécu sur la Presqu’Île que Jean-Paul, notamment parce qu’il a été marin, mais il a beaucoup de souvenirs, surtout  à propos de leurs grands-parents.

Jean-Paul est né au Roch Priol le 19 février 1950. Louis est né le 14 juillet 1942 à Keridenvel chez ses grands-parents, les mêmes que ceux de Jean-Paul.

Les grands-parents Le Blaye

Le 9 février 1920 mariage de Julien Marie Le BLAYE et Marie Louise Le MOING

Le transport par charrette. Notre grand-père paternel, Julien-Marie Le BLAYE, est né à La Trinité en 1893.  Charretier de profession, il est arrivé  à Saint-Pierre Quiberon, au village de Keridenvel, en septembre 1925. Il avait quatre chevaux : Margot, Gentille, Tapageur et Vainqueur. Il leur demandait beaucoup de travail, en particulier le transport du galet de la côte ; pour l’homme, comme pour ses bêtes, le travail était rude car le chargement des galets se faisait à la pelle à main. »

« Notre grand-père et mon père ont gagné de l’argent en faisant le transport de matériaux avec leurs chevaux. Ils ont travaillé en 1936 et 1937 pour l’église de Saint-Pierre. Beaucoup de Saint-Pierrois se souviennent des compagnons charretiers Le BLAYE – Le MIGNAN, de Kervihan. Mon père y a vu les premiers camions à chenilles. Ils ont eu aussi de gros chantiers, à Lorient après la guerre, pour déblayer et transporter des galets pour la construction. Ces galets, pas assez désalinisés, ont causé du salpêtre dans beaucoup de maisons. 

Mathurin et Julien, l’oncle et le père de Jean-Paul Le BLAYE, devant l’abattoir de Saint-Pierre (actuelle SRPSQ)

Notre oncle Mathurin, né en 1922, a trouvé la mort au travail en octobre 1962, au cours d’une campagne betteravière dans l’Oise, où il participait au transport des légumes et  fut victime d’une électrocution. »

Julien Le BLAYE, peu de temps avant de prendre sa retraite, fit l’acquisition d’un superbe camion  pour remplacer son premier véhicule motorisé, un GMC. La famille a eu des camions GMC et Berliet.

Le camion GMC

La vie quotidienne

«  Notre grand-père avait eu un bras abîmé à la guerre de 1914 et son système nerveux avait été touché : il ne pouvait pas mettre sa veste, grand-mère l’aidait. Il mettait son pouce dans sa flanelle pour soutenir son bras. Il avait été opéré au Mont-Valérien ». Un des locataires des chambres d’hôtes de Jean-Paul, conservateur du Musée de Verdun, lui a procuré l’historique du régiment de son grand-père. 

Les médailles de Julien Le BLAYE
Julien Le BLAYE avec congre et anguille pêchés à la foëne

« La maison de nos grands-parents à Keridenvel n’avait que deux pièces, la chambre et la cuisine, l’écurie à côté ; ils avaient commencé à louer aux touristes, entre autres à la famille LEFEVRE. Ce sont eux  qui ont pris beaucoup de photos pendant leurs séjours. »

Photo de l’intérieur de la maison avec la grand-mère en fichu de travail.
La pêche à pied permettait d’améliorer l’ordinaire – La pêche aux huîtres à Penthièvre - Alain Lefèvre, Madame Lefèvre, Mémé Le Blaye et Louis.

« Un garage pour les camions devait compléter la maison de Keridenvel. Construit en parpaings faits avec des galets et du sable moulés par Jacques AUDRAIN, il  n’a pas été terminé. L’accès n’y était plus possible pour les camions à cause d’un pylône électrique, installé lors de l’électrification du village.

Le Douet central 

Les lessives étaient faites dans les lavoirs construits dans la plupart des villages de  la commune »

NDLR : Le lavoir appelé «  Douet central », dans les années 1950, peu entretenu,  est aujourd’hui caché par la végétation.

« J’ai montré cette photo du lavoir à ma cousine, elle y a reconnu sa mère, Marie RIO, et m’a dit « Vous étiez riches ! ». Devant mon air très surpris elle a expliqué « Tu as vu le tas de linge de ta grand-mère ! »

Marie RIO, Madame LEFEVRE, Madame Le BLAYE, sa fille Anne à l’arrière

«  Voici une photo du mariage du beau-frère de notre grand-père. La plupart des femmes et des hommes sont en costume traditionnel. Le marin sur la photo est un  BOUILLI, père de Madame DURASSIER ; son grand-oncle était sonneur, il avait deux filles, dont une a été courtisée par un gars qui est venu prendre sa bombarde pour l’exposer et l’a gardée. Grand-père est en costume breton, mais porte la cravate en signe de deuil après la guerre. Le sonneur était Jean MAGADUR (NDLR : ce sonneur connu était aveugle) . L’accordéon était appelé “la boîte du diable”, sans doute parce que les objets nouveaux étaient diabolisés, opposés aux instruments traditionnels, le biniou et la bombarde ».

NDLR : Roland BEKER va éditer un livre sur les sonneurs morbihannais, dont Loueiz eur Bombarder

Mariage de Louis Le MOING, maçon et sonneur de bombarde « Loueiz eur bombarder » et de Célina Le BAYON le 13 avril 1926 à Carnac Marie Le MOING (la grand-mère de Jean-Paul et Louis) est assise au premier rang à droite, elle est enceinte de Julien Le BLAYE qui va naître le 28 avril 1926.
A Keridenvel un 15 août,1928 ou 1929, les villageois, dont Julien Marie LE BLAYE, dansent en costume traditionnel avec Pierre EVENO dans la ronde.

Question : D’où viennent vos yeux bleus ? 

« Les Le BLAYE ont tous sans exception les yeux bleus. »

 Jean-Paul se souvient « J’ai passé chez mes grands-parents paternels des moments agréables, mais ma grand-mère était très autoritaire. Il y avait le corps de ferme, un lavoir, tout en bas, que ma grand-mère avait fait boucher pour que les petits enfants ne se noient pas.  A mi-chemin il y avait les toilettes avec un petit carreau, quand ma cousine y était, je gardais la porte et disais « T’as fini ? », quand j’étais dedans, ma cousine demandait « T’as fini ? » et ma grand-mère disait « Qui sera le parrain, ou qui sera la marraine ? » En breton «  Più e zo tad perron, più e zo mamm berron ? » On ne restait pas plus longtemps !

Jean-Paul, en barboteuse, ses parents, sa grand-mère et Louis

Cette photo en barboteuse me rappelle le nom breton du youpala qui nous aidait à faire nos premiers pas, borchen tooll (le trou de la vache) et les mots de  grand-mère quand on faisait une bêtise : « Deit aman mem buoh » ou en français : « Viens ici ma vache ». 

« Notre grand-mère ne sortait pas, sauf quelquefois le dimanche pour aller manger chez sa fille Anna Le PORT à Keraud, ma mère, précise Louis. Elle s’occupait de la maison. Tous les ans elle chaulait l’intérieur. C’est elle qui mettait la pendule à l’heure, à 17h07, en se fiant au passage de la micheline, réputée ponctuelle. »

Jean-Paul : « Elle était sévère »  Un jour elle me dit : « Tu veux du chocolat ? » « Oui » Elle en casse un morceau, il était très dur, du Menier noir, elle me le donne, je le prends et elle dit  « Merci mon chien ! » et je répète «  Merci mon chien ». Alors ma grand-mère dit à ma mère « C’est le premier ! Comment seront élevés les autres ! ». Elle ne savait ni lire ni écrire, parfois elle traçait une lettre, avec soin, à l’ancienne ; je ne me suis jamais aperçu qu’elle ne savait pas lire, parce que quand je lui portais du courrier, elle le prenait toujours dans le bon sens pour regarder l’enveloppe ! »

« Notre grand-père avait appris à lire et écrire pendant la guerre. Lui était né en 1893 et il est mort en 1968. Elle était née en 1895 et décédée en janvier 1969. »

Les grands-parents Le Quellec

La vie rude des goémoniers

Jean-Paul évoque la vie de ses grands-parents maternels, les Le QUELLEC.

« Mes grands-parents maternels étaient goémoniers, mon grand-père est décédé en 1938, ma grand-mère en 1941.  Ma cousine DUAULT, la mère d’Yveline DUAULT est une Le MELEDO, sa grand-mère était une Le QUELLEC, Eugénie Le QUELLEC née en 1892, c’était la sœur de mon grand-père de Quiberon.

 Ma grand-mère maternelle, Imelia OLIERIC était de Belle-Île, de Sauzon ; Olieric en breton c’est le rouge-gorge. Son père était éleveur de chevaux, une race pure conservée à Belle-Île. Il est mort des suites d’un décrochement du péritoine. Sa fille s’est retrouvée seule et sans ressources. Par l’intermédiaire d’un homme qui faisait le commerce de chevaux, en plus du maraîchage, elle a rencontré et épousé mon grand-père, très pauvre lui aussi et handicapé d’une main.

Ils étaient goémoniers. Ils ramassaient le goémon à la Pointe du Conguel, le brûlaient et l’amenaient à l’usine ; ils étaient perclus de rhumatismes, ils n’avaient pas d’hygiène, pas de bonne nourriture. Ils sont morts de tuberculose en 1938 et 1941.

 Ma mère m’a raconté qu’en les attendant, ses frères et elle mangeaient du pain avec un morceau de sucre.

Quand ma grand-mère a été veuve, comme elle était indigente avec trois enfants, la commune lui a trouvé un travail ; avec sa brouette elle ramassait les menus détritus jetés par les gens, des cendres, des déchets de jardin ; son salaire c’était un kilo de queue de bœuf une fois par mois ! 

Quand elle est morte, en août 1941, les Allemands bombardaient le Conguel, son corps bougeait dans le lit de mort»

Légendes et traditions 

«  Mes grands-parents maternels  habitaient au Roch Priol, à propos duquel il y a une histoire :

… La Roche du Prieur est en haut. Il y a trois menhirs, dont on ne voit plus que les extrémités. Il y avait des cupules avec des sculptures de pieds très détaillées et précises. D’après la légende, la Vierge s’y reposait et a été importunée par le Diable sous forme humaine, elle l’a figé dans la pierre, d’où la trace de ses pieds. La Vierge est allée ensuite à la grotte de Beg Er Vil, que l’on appelle « grotte de la Vierge », où le sable est bleuté parce que les coquilles de moules apportées par les flots depuis le petit trou de la Pointe du Conguel s’y brisent . Ce sable bleu servait pour nourrir les poules et, pour la Fête des Morts, on le mettait sur les tombes au cimetière. Il y en a encore, mais moins parce que les moules sont trop pêchées… 

Question : savez-vous pourquoi les gens accrochaient des plantes devant leurs maisons ?

« Non, je sais qu’au-dessus de l’abat-jour, on mettait une branche de gui, et à la poutre, soit l’hippocampe, soit le « porte-plume ». Je ramassais de la camomille qui servait à rincer les cheveux blonds de mes sœurs. Il y a une plante nommée paranter en breton, pariétaire en français, qui s’accroche aux vêtements, on en mettait dans les bouteilles pour les nettoyer .

Les souvenirs d'enfance

A Kermorvan on ramassait des os de seiches, on les vendait à un oiseleur de Vannes. Ça nous permettait d’aller à Auray par le train avec l’instituteur Jean Le BAIL, pour un voyage scolaire. Le chef de gare nous parlait de Denis Papin ( NDLR : Denis PAPIN,1647-1713, est un physicien connu notamment pour ses travaux sur les machines à vapeur). Depuis la gare, on allait à pied au Champs des Martyrs et on achetait des cerises.

La place du village, quand on revenait de la messe, c’était l’endroit des règlements de comptes. On était au spectacle : il y avait des claques entre les femmes. Mais le soir c’était calme quand tout le monde allait vider son seau hygiénique, chacun faisant comme s’il ne voyait pas les autres ! »

La nourriture

« A Pâques il y avait un repas chez Mémé MELEDO : soupe, pâté, rôti au four( rost er forn), far, café et goutte.

Ma mère me disait « Jean-Paul, on n’a pas d’argent, mais on a de l’honneur, redresse-toi ».

Un jour je revenais des champs avec ma mère «  Qu’est-ce qu’on va manger ? » «  Je mangerais bien une tomate ». On était en octobre. « Va chercher deux tomates chez la mère Le GUENNEC ». J’attends que l’épicière me parle : « Qu’est-ce que tu veux Jean-Paul ? » – « Deux tomates » – « Deux tomates, à cette époque ! c’est pour des gueules en or ! »

On appelait l’épicière, Madame Le GUENNEC, qui était très colorée, « Violetta ma gondole » je ne sais pas pourquoi, souvenir d’un voyage à Venise ?

Dans les années 1960 le commerce des Antilles était favorisé, il y avait des bananes que Madame Le GUENNEC  accrochait à sa poutre. Le régime entier enveloppé de paille et de papier kraft, on demandait la paille pour mettre sous les lapins et le papier pour couvrir les livres.

 Il y avait des halles place de la Duchesse Anne à Quiberon.

On a mieux vécu quand mon père s’est mis à son compte dans les années 1963-1964. La maison ici a été construite en 1964.

J’aimais beaucoup les « baleresses » ( les « chèvres » , les étrilles) et les moussues ( les araignées), je n’aimais pas beaucoup les pommes de terre bouillies écrasées à la fourchette avec du lait caillé et du vinaigre, je détestais le pot-au-feu à la queue de bœuf qui devenait aigre avec le temps, on mangeait aussi des pattes de cochon de chez PILLET.

Je n’ai pas connu les yaourts, ni le riz avant d’aller en pension à Josselin en 1967.

J’allais chercher du cresson au lavoir près de la chapelle Saint-Clément. A la Pointe du Conguel, il y avait du blé, du maïs et des corbeaux qu’on endormait pour les attraper. Il y avait aussi de la « broussette » (mâche) sauvage, en avril on allait vendre le cresson chez GRARE à Kerhostin et aussi des roses polyantha rouges « Alain ». J’ai connu des maisons couvertes de « chaume », en fait c’était du jonc, je ne sais pas où il poussait, la dernière que j’ai connue était le hangar à charrettes des RIO à Kervihan.

Dans les années 60, à la Pointe du Conguel, il commençait à y avoir du camping sauvage. La mairie avait installé des toilettes à la turque – une pour les femmes et une pour les hommes – et des gros bidons pour les ordures. J’allais les fouiller pour ramasser des bons sur les paquets de nouilles et de chocolat «  Poulain » ; quand j’ai eu 4500 bons j’ai obtenu un appareil photo, mais en fait c’était plutôt un jouet en matière plastique. »

Les plantes et animaux disparus ou méconnus

«  A la côte il y avait le chou cloqué, un chou marin, qui servait à nourrir les lapins, on leur donnait aussi des feuilles de figuier et du fenouil sauvage. La bétuse était une betterave sauvage, on en trouve encore un peu à Port Gouloum, ce qui signifie Port Colombe, elle avait des petites feuilles que l’on ébouillantait pour les mettre dans le boudin, ça lui donnait un goût sucré.

Il y avait des fauvettes, à Conguel. Mon père chassait les étourneaux que l’on écorchait pour les cuire en ragoût à la cocotte, c’était très bon. Mon père chassait beaucoup, il a été fou lorsque la myxomatose a tué les lapins. J’ai connu la dernière vache pie noire chez Popaul BUHE à Kernavest, il y avait aussi des pies rouges, chez EMERY il y avait quelques Frisonnes, différentes de celles qu’on voit maintenant ; il y avait aussi des armoricaines à robe rayée, plutôt rouge, les dernières que j’ai vues, c’était dans une ferme pédagogique.  Le cochon malachappe aussi a disparu, il avait les oreilles rabattues sur les yeux, c’était une bête très grasse.

Avant les clôtures électriques on attachait les vaches «  à la fune », avec une corde autour des cornes qu’elles déformaient à force de tirer, après avec les liens en plastique on leur attachait l’oreille qui finissait par tomber. »

Avoir du caractère

« Mes parents étaient brouillés avec ma tante. Lorsque je me suis  marié, le  28 avril 1984, j’ai dit à mes parents : «  Je fais un mariage de paix ». Je suis allé inviter ma tante Anna, qui a dit oui. Elle était à la table d’honneur. J’ai donné la liste des invités à ma mère, elle est allée chez Paulette RUNIGO, celle-ci est arrivée à la course chez moi pour me dire « Ta mère n’ira pas à ton mariage ». Je n’ai pas réagi pour ne pas envenimer la situation. Ma mère est venue tout de même. A un moment du repas,  elle m’a dit : « Ta tante n’a pas d’eau ». J’ai répondu « Donne-lui en », mais elle ne l’a pas fait. Ils avaient du caractère, ça oui, mais ils avaient tellement souffert, on peut comprendre »  

Les souvenirs de Louis

Au premier rang à droite Julien, derrière lui Anna et à côté d’elle Mathurin
Louis LE PORT avec le cheval Tapageur, Jojo (le frère décédé) et la grand-mère Le BLAYE à Keridenvel
Alain LEFÈVRE devant la maison de Keridenvel

Louis raconte :

«  Après ma naissance, ma mère, Anna,  a trouvé une location à Port d’Orange, puis chez TILLY à Keraud, où il y avait une pâtisserie qui n’ouvrait que le week-end.

Devant chez Henri TILLY, la mention « pâtisserie » sur la maison pas visible sur la photo, les grands-parents LE BLAYE, Anna avec Roger dans les bras, Louis et Henri devant elle, Madame Lefèvre et son fils

Mon père, Albert, était le gendre mais aussi le cousin de mémé LE BLAYE. Il s’est marié à 40 ans avec une fille de 20 ans, Anna ma mère. Il avait travaillé en région parisienne et d’autres endroits. Il était pâtissier de métier mais il était instable, il a fait trois fois le même patron en une année ; il jouait aux courses, quelquefois, quand il avait perdu il rentrait à pied, au pas de  gymnastique.

A Saint-Pierre, il ne faisait des gâteaux que le dimanche, parce qu’il était maçon, chez BOTI à La Trinité ; il a travaillé chez SAVI, RODRIGUEZ, Quintino BROSOLO, Alfred THOMAS, et chez Fernand BRAZIDEC, qui était menuisier, dans l’ancien café à Keridenvel.

Il faisait aussi des bonbons comme décor de gâteaux, des roses et des violettes confites.

J’ai livré les gâteaux chez Madame Le GUEN et tous les dimanches chez Maria, Armande et Titine PLUNIAN. Vers 7 ou 8 ans j’allais à bicyclette livrer des gâteaux à Penthièvre. Il n’y avait pas beaucoup de maisons, je livrais chez Madame BOURHIS qui avait son magasin de librairie face à l’hôtel des Pins, la maison existe encore, mais c’est fermé.

Marcel HANN était charbonnier, sa femme a habité l’ancienne pharmacie au-dessus de « Max Plus » son commerce était sur la gauche dans la descente en allant vers Kerhostin, avant le Lizo, là où il y a une barrière qui ouvre sur la route ; Alphonse MOREAU aussi vendait du charbon, d’abord route nationale puis à côté de la gare, il a été adjoint de RICHARD, puis sur la liste de Gaby VOLE, le père, le marin.

J’ai quitté la Presqu’Île vers 11 ou 12 ans, pour Lorient, puis Port-Louis puis j’ai navigué et ensuite j’ai travaillé à la RATP. 

Je me souviens de Keridenvel. Il y avait un terrain de boules, en face du Café des Menhirs et un autre en face du café des 4 kilomètres, sur la route nationale. Dans ce café des Menhirs il y avait aussi une agence immobilière tenue par Madame BRAZIDEC, une forte femme. Son mari Fernand BRAZIDEC, le menuisier, faisait des cercueils qu’il vendait là. Son fils Jeannot a un terrain où il a construit une maison, juste devant le plan d’eau. Pierre MADEC avait un sillon derrière et il l’a obligé à démolir, parce que la construction enclavait son terrain. Jeannot a une maison entre le Château Rouge et le Fort. Il  a travaillé à l’ENV où il a fait des bateaux en fibre de verre avec mon frère. Ils avaient fabriqué un moule.

Henri le PORT lors de sa communion en 1958 avec sa marraine, Pascale GUILLEVIN, épouse BELZ et son parrain Julien Le BLAYE

Le dimanche après-midi, quand on allait à Keridenvel, c’était pas rare de trouver jouant à la belote Mémé Le BLAYE, Albert Le PORT et  Pierre Le MOING (un oncle de Mémé), le père de mémé était tisserand. »

Jean-Paul : « J’ai encore sa table de tailleur, qui était un meuble bahut, comme ils n’avaient pas de table, ils l’avaient découpée, c’est Neuneuil qui me l’a refaite à l’identique. »

A propos de Neuneuil, une anecdote « Ma tante Anna était une personnalité et racontait comment Joël NICOLAS (Neuneuil) et Henri Le PORT allant à mobylette à la foire du bourg, se font arrêter par les gendarmes parce qu’ils n’avaient pas de casques. Quand les gendarmes arrivent à Keridenvel, tante Anna dit tout de suite : «  Qu’est-ce qu’il a fait ? » Elle va vers le fourneau, attrape le crochet. Le gendarme dit « Vous allez le tuer ! »  Elle répond «  Monsieur le gendarme, c’est vous ou moi qui avez eu mal au ventre, quand il est né ? » C’était un très gros bébé, né en 46. Elle disait « Il me vidait de mon lait ».

Louis : « Henri, mon troisième frère, était très fort, on l’avait surnommé tête de boulon ».

Les grands-parents Le BLAYE en costume de cérémonie
Les grands-parents Le BLAYE en tenue ordinaire

Question : Connaissez-vous les rituels observés lors d’un décès ?

« On voilait les miroirs et on arrêtait les pendules ; le défunt était installé sur le lit au-dessus des draps et des couvertures, les mains croisées sur un chapelet ; il pouvait aussi y avoir un décor de lierre sur le lit. Il y avait de l’eau bénite et du laurier à côté du lit. Les veillées duraient jusqu’à l’enterrement soit environ quatre jours. Une habitude cruelle était de faire embrasser les morts par les enfants.

Les corbillards étaient à Le QUELLEC et Le BAYON. Le corbillard de Le BAYON a été vendu au Comité des fêtes, qui en a fait un carrosse pour les Reines de la Presqu’Île. Il y a eu des protestations, ils n’ont donc gardé que l’essieu et ont mis dessus une grande coquille Saint-Jacques. »

NDLR voir notre article sur les Reines de la Presqu’Île

Jean-Paul se souvient :« Il y avait une croyance à propos de la mort : on disait qu’il ne fallait pas repiquer du persil, parce que ça provoque une mort. Je ne suis pas superstitieux, alors une année, j’ai repiqué des plants de persil, et… un de mes fils est mort dans l’année ».

Jean-Paul et sa fille en costume de mariés traditionnel

Pour clore ces entretiens Jean-Paul Le BLAYE nous souhaite : «  Bloavez mat ha yec’hed mat », Bonne année et bonne santé

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