La famille Alexis Le Port - Maria Jannot à Kerhostin depuis 1906
Cette maison de 1706, au 29 rue Joseph Le Bourgès à Kerhostin, je l’ai héritée de ma tante Maria, décédée à 87 ans, sans enfants. Mes grands-parents l’ont achetée en 1906 à des gens de La Rochelle.
Mon grand-père, Alexis Le Port (mousse dès l’âge de 10 ans) est né en 1865, originaire de Sainte-Barbe depuis plusieurs générations. Ma grand-mère, Maria Jannot est née en 1874.
Mes grands-parents ont eu trois filles : Perrine en 1902, Maria en 1906 et Alexine, ma mère en 1910. Ma tante Maria et ma mère sont nées dans cette maison.
Ma mère s’est mariée avec Aimé Destrés, originaire de Caisnes dans l’Oise ; il avait deux frères, et malheureusement leur mère est décédée en 1918 de la grippe espagnole. Il a connu des gens de Portivy qui étaient allés dans l’Oise ramasser les betteraves, et qui l’ont invité à venir faire la saison à l’hôtel de l’Océan. Il avait 17 ou 18 ans et venait chercher le lait chez ma grand-mère, il a rencontré ma mère comme cela.
Je suis né en 1937, dans cette maison, comme cinq des six petits-enfants de la famille ; mais mes parents ont vécu dans une autre maison de mes grands-parents, au numéro 13 de cette même rue.
Comme ma mère, je suis allé à l’école à Kerhostin, puis au bourg à Saint-Pierre, lorsque j’étais enfant et que j’habitais chez ma grand-mère.
Les souvenirs d'enfance de Michel Destrés à Kerhostin
Dans mon enfance il y avait côté rue la pièce de vie. Dans la cheminée, on brûlait la « lande » (une sorte de tourbe ramassée dans les champs), des aiguilles de pin et le bois ramassé à la côte. A la suite, une grande pièce servait à tout. Je me souviens d’y avoir vu mon grand- père mort, reposant sur le lit. Tout le monde l’embrassait, alors j’ai grimpé sur le lit pour l’embrasser aussi. C’est un de mes premiers souvenirs, j’avais cinq ans. Derrière la pièce commune, il y avait la remise : on y accède de l’intérieur par quelques marches, et elle a une porte donnant sur le sentier des Émigrés.
En prolongement de la maison, côté rue, il y avait l’étable pour les vaches. A l’étage, un grand grenier s’étend sur toute la maison. Il est accessible par le dorgail, l’escalier extérieur.
A l’époque il n’y avait pas de muret devant la maison et on chargeait le foin depuis la charrette, par la fenêtre de la lucarne. Dans le plancher du grenier au-dessus de l’étable, il y a une ouverture par laquelle on faisait glisser le foin dans l’étable.
Dans beaucoup de maisons du village, jusqu’à la fin des années 50, il y avait quelques vaches et cochons et des volailles ; chez ma grand-mère c’étaient trois vaches qui logeaient dans l’étable au bout de la maison. Il y avait une douzaine de vaches dans le village. De l’autre côté de la rue, on trouvait le jardin avec le puits, un cochon dans la cluche (soue) et des poules sous un figuier.
J’ai conservé sur cette poutre de la maison le crochet où l’on pendait le cochon après l’avoir tué, pour qu’il s’égoutte.
Je me souviens que, quand il n’y avait pas encore l’eau courante, on allait chercher l’eau à la fontaine sur la place. C’était plus facile pour moi que de la remonter de notre puits, pourtant situé en face de la maison. Les femmes allaient au lavoir pour laver leur linge. Il y en avait quatre dans le village : au-dessus de la plage, au bord de la route nationale, à côté du Warquez, en allant vers Portivy ( NDLR : de nos jours il y a un camping à l’emplacement du Warquez, c’est à dire du marais) et en contrebas de la route départementale côté baie, au « Vatereuil » après le camping, vers l’endroit où sont les conteneurs ; il n’y a plus de traces de ce lavoir, qui était en fait un trou d’eau, mais c’est encore un endroit humide.
On veillait autour de la cheminée avec les voisins, le village était animé : je me souviens de fêtes et de danses sur la place du village. Vers mes 10 ans, soit vers 1947, les touristes ont commencé à venir dans le village. Les gens leur louaient des pièces ou leurs maisons, mais étaient contents quand ils partaient !
Après la guerre, il y avait environ 250 personnes à Kerhostin. A l’époque tout le monde se connaissait et les enfants devaient saluer toutes les personnes les plus âgées en leur disant bonjour, sous peine de reproches.
Il y avait de nombreux commerces dans le village, dont des bistrots. Il y en avait un chez Fifine, le Bon Accueil, le Fournil… c’étaient des lieux de rencontres et d’échanges de nouvelles. (NDLR voir notre article Kerhostin dans les années 50-70). Certains buvaient beaucoup, du muscadet pour les hommes. Cette habitude est passée maintenant, il y a moins de consommation d’alcool et de tabac. Pour ma part je disais en plaisantant : « J’ai fumé cinq cigarettes dans ma vie… j’ai assisté à cinq mariages ».
Les hommes, souvent, étaient en mer, à la pêche, au commerce ou dans la Royale ; donc les femmes devaient assumer tout à la maison : l’éducation des enfants, l’entretien des terres, des animaux et de la maison, c’était une vie rude.
Pour la fête de Lotivy, qui était la grande fête de l’année, les gens faisaient des fars, les enfants allaient faire la queue chez le boulanger pour les faire cuire.
En 1944, avec ma mère, mes frères et sœurs et ma petite sœur dans la poussette, nous avons quitté Kerhostin à pied pour aller à Plouharnel. Je me souviens qu’il y avait des mines à éviter sur la route entre le Fort et le passage à niveau. Il y avait une centaine de personnes sont parties. Nous avons pris un camion pour aller à Vannes puis à Port Navalo dans la famille éloignée de ma grand-mère, au Montello, un hameau de la presqu’île de Rhuiz. Nous sommes rentrés en bateau après la Libération. De 1945 à 1947 j’ai vécu chez ma grand-mère, ici à Kerhostin.
Mon père a fait la Seconde Guerre mondiale dans la Marine Nationale, puis la guerre d’Indochine. En 1947, il a été affecté dans un centre de formation de la marine à Pont-Réan. Nous avons donc vécu quatre ans à Guichen, en Ille-et-Vilaine. Puis je suis allé pendant trois ans à Arradon en internat à l’école privée Saint-Joseph de la Salle, avec mon frère et mon cousin.
De marin à douanier
Ensuite, de 1955 à 1958, j’ai travaillé dans la marine marchande, chez Delmas-Vieljeux ; j’ai embarqué le 5 novembre 1955 avec Dédé Erdeven de Kergroix. Nous naviguions sur une ligne qui faisait Hambourg, Port Saïd, Suez, Djibouti, Goa (où l’on chargeait du minerai de fer), Port Soudan…En 1956, le canal de Suez a été bloqué. (NDLR : le canal de Suez a été bloqué pendant le conflit découlant de la nationalisation du canal par l’Egypte le 26 juillet 1956) Nous avons dû faire le tour de l’Afrique par le Cap de Bonne Espérance, une aventure.
(NDLR : la compagnie Delmas-Vieljeux, fondée à La Rochelle en 1867 par les frères Delmas, rejoints au début du XX° siècle par Léonce Vieljeux, a été rachetée en 1991 par le groupe CMA-CGM).
Quand j’ai commencé à naviguer en 1955, on embarquait pour neuf mois suivis de deux mois de vacances. Les hommes ne se disputaient pas avec leurs femmes, ils les voyaient si peu !
En 1958 j’ai passé le concours d’entrée pour devenir officier chef de quart, et je suis allé à l’école à Saint-Malo pendant deux ans. Je suis parti au service militaire en décembre 1959. J’ai passé quinze mois en Algérie, jusqu’au 20 mars 1962, la fin de la guerre.
Je me suis marié en 1962 avec Annie et nous avons eu trois filles.
J’ai de nouveau navigué au long cours chez Delmas sur différents bateaux.
Puis en 1967, fatigué d’être toujours en mer et de ne pas avoir de vie de famille, j’ai passé le concours de contrôleur des douanes, et j’ai été nommé à Bastia en janvier 1968. Je suis resté vingt-neuf ans à parcourir les côtes corses de long en large.
Je suis à la retraite depuis 1997 et j’habite le village de Furiani près de Bastia où nous avons fait le choix de construire notre résidence principale. Cependant je garde mes racines bretonnes à Kerhostin où je reviens vivre en été. J’ai transmis à nos enfants et petits-enfants l’amour du pays et de la famille ; ils viennent régulièrement en été et en cours d‘année.
Note : La grand-mère de Michel Destrés, Maria Alexandrine Jannot, était la petite-fille de Vincent Marie Jannot, boulanger originaire de Plouharnel, et venu s’installer à Kerhostin, au 9 -ue Le Bourgès à l’occasion de son mariage avec Marie Louise Guillaume.