Kerhostin dans les années 50-70

La plage de Kerhostin dans les années 60

Extrait de l'article

Les souvenirs de duchentils à Kerhostin à une époque où les estivants étaient peu nombreux, au contraire les commerces, la pêche et l'agriculture rythmaient la vie de ce village tout au long de l'année.

Participants à la rédaction de cet article

Entretien réalisé par Gaël Le Bourgès et Françoise Pichon Transcription Françoise Pichon . Rédaction de nos interviewés

Copie des images et textes interdits sans l'autorisation de KER1856

Souvenirs de duchentils

[ELLE] Ma mère était venue à Saint-Pierre avant-guerre avec ses parents. En 1947, elle est revenue avec mon père, mes frères et moi à la pension de famille Mount Holyoke (du nom d’une montagne du Massachusetts, elle était tenue par les demoiselles Laurent). Je ne me souviens que de la grande salle avec un poteau au milieu. Par l’intermédiaire du marchand de biens qui était en face du bar « le Tempo » (le bar vient d’être renommé « Le Kraken ») , mes parents ont acheté une petite maison à Kerhostin. C’était provisoire, mais nous nous sommes attachés à des amis, et depuis 1948, j’y suis revenue tous les ans.

Les battages sur la place, actuelle Place Maufra

Dans les premières années, il n’y avait pas beaucoup d’estivants. Il fallait aller chercher l’eau à la fontaine sur la route nationale, en face de l’école.

Maria Destrée et sa mère portant la coiffe

On se promenait en maillot de bain, pieds nus, sans pouvoir toujours éviter les bouses que les vaches de Maria Destrée laissaient dans la rue. Il fallait alors aller se nettoyer dans la mer, vu le confort des maisons !

Comme Maria Destrée, de nombreuses femmes portaient encore la coiffe. Pour aller travailler aux champs, la coiffe était un grand bandeau en toile, retombant des deux côtés du visage ( comme sur la photo des battages). Les jours ordinaires, une petite coiffe reposait sur le chignon. La coiffe d’Auray était portée les dimanches et jours de fête . ( la coiffe a été portée jusqu’à sa mort par une dame décédée en 1997, elle possédait un costume mais ne le portait pas)

( LUI] Mon cousin et moi sommes venus camper dans le bois Maufra en 1958, avec l’autorisation du propriétaire. Nous allions chercher notre eau à la fontaine de la route déjà évoquée, en traversant le camping

Camping vu du bois Maufra

Celui-ci était installé sur la falaise, devant les maisons « Bon Repos » et « Michouno », et entre le bois et la descente qui va du village à la plage du douet. Sur la plage au pied du bois, un filet de volley-ball rassemblait un groupe de jeunes avec lequel nous avons rapidement partagé baignades, soirées au bord de l’eau à chanter Brassens, Brel ou le père Duval avec un joueur de guitare, et marches à pied vers Portivy ou la Côte sauvage. Il fut décidé un jour de marée basse d’aller pique-niquer à Penthièvre. C’était sans compter sur le grain, que nous n’avions pas vu arriver, et qui nous a trempés jusqu’aux os à peine la pointe de Kerhostin franchie. Alors le pique-nique s’est passé dans un garage, et la balade est devenue une après-midi dansante. Pendant plusieurs années, le garage a vu de nombreuses « surboum » qui ont permis à beaucoup d’apprendre à danser : le rock, mais aussi la valse, le tango, le paso doble…

Nous sommes revenus l’année suivante, puis sans mon cousin à partir de 1960. Cette année-là, quatre pédalos étaient proposés à la location sur la plage du village, ce qui n’allait pas sans problèmes avec les baigneurs ou les voiliers. Un peu avant le quinze Août, les copains avaient collé dans tout Kerhostin des petits papillons de papier avec un mot : « Scandale », et un sigle : « le C.D.I.T.K. ». Quelques jours après, nouveau papier : « Le scandale dure », « le C.D.I.T.K. ». Le village se posait des questions, car personne ne voyait de quel scandale il s’agissait et très peu savaient que le sigle était l’acronyme de « Comité de Défense de l’Intégrité du Territoire Kerhostinois ». Quelques jours de plus, et un dernier papier annonçait ; « le scandale a trop duré », « le C.D.I.T.K. ». Le lendemain matin, un dimanche si j’ai bonne mémoire, les quatre pédalos avaient émigré ; le premier sur la place Duval Gozlan, deux devant la boulangerie, et la quatrième dans la cour de la colonie du Père Dorval, à Saint-Joseph de l’Océan. Dans le plus grand silence, ils avaient été soigneusement portés, au milieu de la nuit, par les garçons de la bande, et seulement une fille : les autres avaient été exclues, devant les risques de cris intempestifs. Bien sûr, il y a eu une enquête de la Gendarmerie, et nous avons écopé d’une amende collective de 200 francs, belle somme si l’on sait que nous nous nourrissions à deux pour 5 francs par jour.

Les fameux pédalos …

Les pédalos ont fini la saison sur la plage, mais ne sont jamais revenus ensuite. Ayant été prié de quitter le bois, je me suis installé au camping. Un ou deux ans après, les terrains de la « presse » ont été vendus. Le camping est parti à son emplacement actuel et trois maisons ont été construites.

Le volley sur la plage de Kerhostin

« La bande » s’est étoffée jusqu’en 1962, et a cessé ensuite ses activités. Quelques grands souvenirs… Le match de volley en pyjama et celui entre « les parents » et « les enfants » . Le niveau du sable était plus haut que maintenant, ce qui permettait de délimiter un terrain sans pierres par des paquets d’algues cueillies dans les rochers.

Les plagistes inconscients qui s’installaient dans cette belle zone comprenaient vite qu’il fallait déménager lorsque les joueurs entraient en action. Un raid à la nage depuis la plage de Kerhostin jusqu’à celle du port de Saint-Pierre, a été accompagné par quelques voiliers en « sécurité », et suivi à l’arrivée d’un cognac chez Pennec, au Café des Régates. Une fille de la bande, bien réchauffée, est repartie à la nage avec les bateaux. Les rendez-vous de 20h30 à la boulangerie étaient suivis d’une grande marche. Si nous allions à Portivy, nous ne manquions pas de faire aboyer les chiens de la ferme qui était en bordure de route. En fin de saison, ceux qui reprenaient le train de 20h30 vers Paris étaient raccompagnés à la gare, où Françoise la cheffe de gare voyait d’un assez mauvais œil son quai envahi par la bande braillant et chantant. Une fois, le train est arrivé à l’heure, mais direction Quiberon. En attendant son retour, tout le répertoire estudiantin y est passé, pour la distraction des autres passagers.

On trouvait tous les commerces à Kerhostin

( EUX) Nous n’avions pas de voiture. Les déplacements se faisaient à pied, à vélo, parfois en train vers Quiberon. Mais on trouvait tous les commerces à Kerhostin : épicerie, boulangerie, boucherie, poissonnerie, mercerie, sans oublier les cafés avec ou sans pignon sur rue.

Les commerces de Kerhostin des années 1950-70

Les commerces de ces années 1950-1970 sont situés sur le plan ci-dessus. Celui-ci est une superposition du cadastre et d’une photographie « GEOPORTAIL ». Cette photo date probablement du début des années 50 :

  •  Il reste des maisons au milieu de la place Duval Gozlan
  • La partie magasin de la boulangerie n’est pas construite, entre la route et le fournil de la rue Hoche. Elle le sera vers 1960
  • La boucherie et la poissonnerie à l’angle de la rue du Men er Roué et de la route (photo ci-dessous) n’ont pas encore été détruites et transformées en parking.
La boucherie à l’angle de la rue du Men er Roué et de la route maintenant un parking.

Le marché du mardi occupait toute la place (maintenant place Duval Gozlan) et la rue Hoche, avec les maraîchers, un quincailler vendeur d’objets divers et des marchands de fringues, de jouets, etc… La « Coop », initialement installée dans les maisons des 5 et 7 rue Hoche, s’est agrandie en partant sur la route (alors « nationale »), où sont maintenant les logements sociaux. La boucherie « Michel Pierre », d’abord à côté de l’épicerie « Le Gal », rue le Bourgès, a déménagé à l’angle de cette rue et de la route. Le restaurant « Chal Ha Dichal » et les deux crêperies (cadres pointillés) sont plutôt en fin de période ou postérieurs.

M et Mme Daphy

L’épicerie Daphy dans l’actuelle rue Joseph Le Bourgès

 En plus des commerces de bouche et des hôtels-restaurants, on trouvait un électricien sur la route nationale.

Le restaurant -auberge “la maison de Corentin” est devenu le restaurant “Chal Ha Dichal”
Peinture de M Pineau: coucher de soleil sur Beg en Aud

Au Vieux Logis, un artiste incontournable. Sur le haut de sa murette, M. Pineau, architecte retraité (ou professeur d’histoire et géographie ?) exposait et vendait les carapaces de crabe ou d’araignée qu’il peignait. Il vendait aussi ses œuvres, comme ce coucher de soleil sur Beg en Aud. M Pineau avait également réalisé des fresques pour la chapelle de Saint-Joseph de l’Océan.

Il ne faut pas oublier les grandes marées, qui produisaient une grande animation dans le village. Les pêcheurs d’huitres venaient de partout, et stationnaient n’importe où et n’importe comment. Ils suivaient la marée descendante, et allaient avec de l’eau jusqu’en haut des cuisses jusqu’aux bouées des parcs, parfois même au-delà.., et revenaient avec d’énormes sacs. Les ostréiculteurs déléguaient Rosalie et quelques autres personnes pour les racheter dans la rue. Pour ramener une bonne pêche, il fallait un certain entrainement. Après une ou deux tentatives où j’ai ramené difficilement quelques huitres, j’ai renoncé : je ne voyais rien dans l’eau et même sur le sable ! Avec le temps, on a vu peu à peu les gendarmes ou les douaniers venir contrôler les tailles et les quantités.

En 2022…Les commerces sont peu à peu devenus des habitations, et il ne reste plus que la boulangerie (qui n’est ouverte que l’été), le « Bon Accueil » renommé « La Chaloupe » en 1974, et la boucherie reconvertie en brocante.

 Les cluches (soues à cochon) et poulaillers sont devenus habitables, et les quelques ruines ont été reconstruites.

Kerhostin, comme les autres villages a beaucoup changé, mais il conserve tout son charme grâce à quelques belles maisons anciennes et à la vue magnifique sur la baie et sur l’Océan


Les « duchentils » sont les estivants / touristes

12 réponses

  1. Super article merci rien à ajouter sinon quelques précisions !
    A cette époque l’hôtel Bon accueil était exploité par la famille Le Mauguen. Le bar les amis, par Rufine Nicolas. Qui a racheté à la même époque le bar du port d’Orange à saint pierre ( Pennec ) qui deviendra Le vieux briscard rendez vous incontournable des jeunes de Kero, la mercerie chez Florine était exploitée par Marie Mainguy quant à la Coop après avoir été tenue par Luce Courseau dans la maison en face de la maison « les hortensias «  dont la particularité était d’avoir son propre puits dans l’entrée elle fut ensuite tenue par Madame Rio l’ autre mercerie était le domaine de tante Louise À cette même époque Zabeth Signoret née Gouzerh tenta de créer un salon de thé bar dans la maison de Leon D’uval Gozlan Le Skero expérience qui tourna court !
    Les touristes étaient aussi appelés les baigneurs Bravo pour l’article

  2. Trop , très émouvant !!! Je viens de découvrir cette jolie page charmante et touchante.
    Beau et touchant travail. Je bookmarque.

    Un énorme merci et surtout bien à vous.

    Yannick ( je suis né en 1965 et ma famille est de Kerhostin

  3. J’adore votre page facebook, ma famille maternelle est originaire de Portivy : famille Rodet. J’adore connaître et lire le passé de notre presqu’ile. Merci.

  4. Magnifique reportage, que de souvenirs !
    Le village a tellement changé depuis ce temps où il y avait de nombreux commerces , et il s’est vidé de ces habitants.
    Mais il faut résister et garder le phare ! Betty

  5. Merci de cet article. Mon arrière grand-mère Marie Menguy et ma grand-mère Fleurine ont été il est vrai actrices de ce Kerhostin qui a bien changé. Heureux d’être encore résident de Kerhostin même si ce n’est que temporaire.

    1. J’aimais bien aller à l’épicerie de Mme Mahieu !!! on y trouvait de tout… et nous adorions ses camemberts, on en parle encore !!! C’est un peu notre madeleine de Proust… Au début de nos séjours à Kerhostin nous allions à le pension Saint Joseph, puis nous avons loué un été (2?) chez Mme Mahieu, derrière l’épicerie, dans la “cabane”, l’entrée était derrière le mur le long de la route.
      Ensuite ça a été en face de “La Chaloupe” chez Mme Korfmat… Que de souvenirs à Kerhostin !

  6. Bonjour,
    Venue de Belgique car mon père traînait un dériveur et voulait naviguer dans la baie (il avait répéré la cale sur la route, Quiberon étant la destination prévue) vers 1962-63; J’y suis revenue, au camping municipal, quasi chaque été jusqu’en 2021 et mes enfant/petits enfants y sont encore en 2023.
    Je garde le souvenir de nombreux magasins, évoqués ici, mais pas tous et, hélas, j’ai vu la lente dégradation de tous ces commerces.
    En 2016, j’ai été profondément choquée par le projet de transformation du camping en aire exclusive pour les campings-cars et j’avais tellement de mal à le supporter que j’ai étudié la législation française (1 semaine entière – merci internet) et voulu mener la fronde pour garder le camping “pour tous” et on y est est arrivés !
    Avec l’aide de VAK, de Geneviève Marchand (maire de 2001 à 2014), de quelque habitants et la création d’un informel “collectif de campeurs en colère” nous avons alerté la presse, interpellé le Préfet sur quelque irrégularités, déposé une pétition et organisé une manifestation assez fournie et venant de partout.
    “Notre” merveilleux petit camping est toujours bien vivant et rassemble tant d’amitiés, d’unions, d’enfants pour lesquels il personnalise les vacances.
    Ma santé m’empêche d’y être mais je ne désespère pas de temps meilleurs et je vous salue tous.

  7. Bonjour et merci pour ce retour dans le passé.
    Sur la deuxième photo, je reconnais ma grand tante, Maria, sa fille ma cousine Maria et mon cousin Bernard Guimond.
    Maria était la soeur de ma grand mère, l’ainée des 3 filles Jannot, venait ensuite Léonie, et Marie Antoinette ma grand mère paternelle.
    Ma grand mère Marie Antoinette Jannot est la seule à s’être “exilée” par son mariage avec mon grand père venu faire son service militaire au fort de Penthièvre.
    Ma grand mère a toujours porté la coiffe et l’habit Breton (son surnom d”exilée” était : ” la Bretonne “) Ma grande tante et ses 3 filles figurent sur différentes photos de mariage dans la Sarthe, leurs costumes étaient superbes, celui de ma grand mère maternelle Maria Matho était plus simple, étant de condition plus modeste.
    Il faut savoir que dans le passé, les femme étaient toujours nommées par leur nom de jeune fille toute leur vie, ainsi, Maria ma grand tante est restée Maria Jannot, malgré son mariage (Leport), sa fille Maria Leport (Destré)., ma grand mère maternelle Maria Matho (Henrio), ma mère Suzanne Henrio (Guimond)… de quoi se perdre.

  8. Merci pour ce reportage que je viens de voir enfin quelques anciennes photos sur les commerces de Kerhostin que de souvenirs de vacances avec ma Grand-Mère encore un grand Merci.

  9. Bonjour,

    Dans la liste des commerces des années 50/70 vous avez oublié l’entreprise de plomberie chauffage de mon père Jean BIGAS-HERAS et dépôt de gaz tenu par ma mère Aimée Pascaline, ainsi que le chantier naval d’Henri Huard, et Marguerite son épouse,
    Entreprises tous deux situées sur la gauche direction Penthievre.
    Cordialement

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