Léon Duval-Gozlan, un talent à redécouvrir 

Extrait de l'article

Léon Duval-Gozlan 1853-1941, peintre parisien, ami de Maxime Maufra, s'installe à Kerhostin vers 1910.

Participants à la rédaction de cet article

Rédaction : Gaël Le Bourgès

Copie des images et textes interdits sans l'autorisation de KER1856

Léon Duval-Gozlan (1853 -1941) n’a pas la renommée de Maxime MAUFRA et semble oublié du marché de l’art ; pourtant sa peinture réaliste et pleine d’atmosphère montre un réel talent… à redécouvrir !

Léon Duval-Gozlan: son enfance, sa vie jusqu'en 1910

Une enfance heureuse et instructive

Léon DUVAL est né à Paris, 29 rue Saulnier dans le 9ème arrondissement. Il est le fils de l’architecte Charles DUVAL et le petit-fils du romancier Léon GOZLAN dont il porte le prénom et dont il va ajouter, non sans fierté, le patronyme à celui de DUVAL.

Son père était un architecte en vue.  Il a construit des maisons de rapport, des palais et de nombreux cafés à la mode.

Une caricature lithographique par Armand Thierry  (voir ci-dessous), le représente, dressé devant le restaurant du Globe.

Léon Duval

L’enfance de Léon se passe dans un milieu où la littérature et les arts comptent beaucoup. Il fréquente des gens de lettres, des peintres ou des comédiens. Il passait généralement ses vacances à Ville d’Avray où  son père avait construit une villa non loin de la maison du peintre COROT. Ils voisinaient avec ce grand artiste et sans doute est-ce à ces contacts avec lui que Léon DUVAL-GOZLAN devra sa vocation. Il accompagnait le peintre COROT sur les lieux qui pour lui étaient de grands motifs : les allées forestières ou les berges de l’étang. COROT assurait à ses proches que son petit ami Léon avait des dons certains. Le grand père Léon GOZLAN ne voyait pas d’un mauvais œil son petit-fils devenir peintre.

Des études houleuses

Aussi en 1870, il entre à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts et non sans appui, dans l’atelier de l’illustre CABANEL où il restera pendant trois ans ; CABANEL lui fit un peu peur au début, mais il reconnaîtra lui devoir un amour vivace pour le dessin.

Tout comme les jeunes élèves des Beaux-Arts de cet heureux temps, où l’on vivait au quartier latin avec 50 francs par mois, le jeune Léon DUVAL-GOZLAN portait les cheveux ondulés et la barbe folle avec une moustache naissante. Il portait déjà un pantalon de velours, tenue qu’on lui connaîtra encore à 88 ans !

Il n’apparait pas avoir été un élève bien docile, ni bien brillant. Il quitte l’Ecole des Beaux-Arts et accomplit un volontariat militaire à Arras au 3ème régiment du Génie. 

En 1875, grâce à l’intervention de son grand-père, il est à nouveau accepté à l’Ecole des Beaux-Arts mais il l’abandonne encore très vite car  il mécontentait son « patron » qui avait accepté de le reprendre.

Des débuts voyageurs

Il décide de s’en aller sur les chemins. Sa mère lui avance sur sa bourse personnelle les premiers cent francs. Selon l’expression du vieux maître COROT « il se lançait tout seul dans la nature ». ll voyage de Normandie en Bretagne.

Au cours de ses déplacements et lors de ses retours vers COROT, il travaille sans relâche sur le motif qui le mobilise et réalise déjà pas mal d’œuvres. En 1878 il envoie, pour la première fois, au Salon des Artistes un tableau qui fut particulièrement remarqué. Il est devenu désormais officiellement, le peintre Léon DUVAL-GOZLAN. Il y expose pendant dix années. Mais comme l’écrira Louis ROGER-MILES un avisé critique d’art de cette époque, dans le Figaro Illustré en 1905 : « la bataille des médailles n’était pas son fait. Il faut une souplesse, une ténacité et un esprit d’intrigue et de ruse qui ne rentrent pas dans son caractère ».

Le goût de l’indépendance

Après donc ces dix années d’expositions d’œuvres au Salon des Artistes il quitte la Société des Artistes Français et rejoint en 1890 celle, nouvellement fondée, des Artistes Indépendants. Là, vraiment, il connaît le succès, qui ne l’abandonnera plus .

Ses premiers voyages en France et ses séjours en province et à l’étranger l’amènent à de nombreuses réalisations. Il est par exemple l’un des premiers peintres parisiens à se pencher sur la Provence : Martigues,  Beaulieu,  Cannes,  Antibes ; puis ce sont le Var et les Bouches du Rhône, la Normandie, le Perche, la Bretagne, les bords de l’Oise, la Vendée qui le voient à leur tour ; puis  Cantal, Lot, Corrèze, Dordogne le mobilisent. Il marque par de lumineuses marines son passage à La Rochelle. L’Ile de France lui fournit aussi de nombreux motifs d’œuvres. Il ne limite pas ses déplacements à la France : les réalistes flamands, les paysagistes de l’école hollandaise vont le frapper.  C’est vraiment la nature qui lui donne les meilleures leçons et l’inspire le mieux.

Dans le monde des peintres, DUVAL-GOZLAN fréquente plus particulièrement ANQUETIN, un ami de TOULOUSE-LAUTREC et Maxime MAUFRA qui lui révèle la Bretagne.  Avec eux il participe à une importante exposition  «  les paysagistes modernes » rue Le Pelletier à Paris, chez Le Barc de Boutteville .Il ne fera qu’une seule exposition particulière à Paris aux galeries Henry Graves, 18 rue Caumartin du 26 Novembre au 8 Décembre 1906. Ensuite il ne participera qu’aux expositions annuelles du Salon des Indépendants jusqu’en 1910 année où il exposera pour la dernière fois à Paris.

Il n’est pas d’accord, sur le plan esthétique, avec les nouveaux venus, Fauves et Cubistes, qui vont révolutionner la peinture française s’imposant après les  Impressionnistes. Moins habile que certains de ses anciens collègues du Comité des Indépendants qui savent  se maintenir en place coûte que coûte, il préfère se retirer de la capitale pour se consacrer à son œuvre dans la tranquillité d’un beau site, loin des compétitions, des intrigues et des reniements.

La période bretonne à Kerhostin à partir de 1910

C’est à ce moment-là qu’il accepte la proposition de Maxime MAUFRA qui lui avait proposé de venir le rejoindre chez nous. Il vient chercher la paix qu’il souhaitait en Bretagne. Il emporte ses chevalets et ses pinceaux, son grand amour de la nature sans  oublier les leçons de COROT.

Vieux garçon qu’aucune femme n’avait su retenir, (son frère n’aura pas de descendance non plus), DUVAL-GOZLAN est las de la vie de Paris malgré les échanges avec son voisin de la Place Pigalle,  TOULOUSE-LAUTREC. Comme MAUFRA il est également las des voyages, des longues randonnées à travers les campagnes françaises,

Il rejoint fin 1910 ou début 1911, son ami Maxime à Kerhostin.

Léon Duval-Gozlan 1928 par Guy Arnaud

Il est huit ans plus âgé que Maxime mais il vivra vingt-trois années de plus que lui. Il repose dans notre cimetière. Leurs tombes respectives ne sont pas très éloignées l’une de l’autre.

Léon DUVAL-GOZLAN écoute ce que dit son ami Maxime de la beauté de la presqu’ile. Les images que celui-ci déroule devant ses yeux, les esquisses et les peintures rapportées de Kerhostin le décident très rapidement à partir vers cette partie sud de la Bretagne. Quiberon bien sûr n’est pas au bout du monde comme Tahiti où est  parti GAUGUIN, l’ami de Maxime MAUFRA (qui lui dédicacera un magnifique pastel, collection musée de Pont Aven), mais tout de même ce qu’il apprécie le plus c’est qu’on ne pourra venir l’embêter comme Claude MONET à Giverny ou Camille PISSARO à Eragny sous prétexte de promenade en campagne tout proche de Paris et des heureux hasards d’une rencontre.

Le « Skero », maison de Duval-Gozlan à Kerhostin

Un architecte, dont on disait les idées bizarres et dont MAUFRA exécuta le portrait, Monsieur AUTEMAYOU, vient de construire sur le côté ouest entre le Fort de Penthièvre et Portivy, une habitation à allure de moulin, que nous connaissons sous l’appellation “Moulin rouge”. DUVAL-GOZLAN fait sa connaissance et lui demande la construction d’une maison au bord de la baie, vaste, solide, en bonnes pierres. Lui et son frère, qui va rapidement le rejoindre pourront y vivre tranquillement dans l’oasis de verdure qu’il va créer. Une vaste pièce lui sert d’atelier au rez-de- chaussée.

 

Une personnalité artistique affirmée
Pendant vingt ans encore, très valide, il prospecte les plus petits hameaux morbihannais tant à pied qu’à bicyclette, accumulant croquis et notations colorées, impressions sur le motif et tableaux importants qu’il termine à l’atelier.
Il plante son chevalet au coin d’un chemin creux, d’un petit lavoir où les coiffes blanches des lavandières battent comme des ailes, face à une petite chapelle au clocheton de pierre ou devant la maison isolée sur la grève d’un ostréiculteur ou d’un pêcheur. On le voit très peu en revanche sur les côtes rocheuses dont caractère austère, sauvage, tragique, lui convient peu , ni dans les ports dont il n’aime point le grouillement. Et ce n’est que beaucoup plus tard, lorsque sa santé ne lui permettra plus de longues randonnées dans les campagnes qu’il peindra de la fenêtre de son atelier ou de la petite terrasse abritée de tamaris qu’il s’était ménagé en bordure de mer. La rivière d’Etel va beaucoup l’attirer et tous les petits hameaux de ce secteur le ravissent particulièrement. D’ailleurs il aimait à rappeler que la première fois qu’il s’était rendu à Nostang, il n’avait trouvé personne pour lui répondre en français et que même il avait eu toutes les peines du monde à réussir à se faire préparer une omelette dans une ferme. Mais ce pays l’attachait par son caractère, son petit cimetière au pied même de l’église avec ses croix et ses ex-voto, ses maisons paysannes aux murs desquelles fleurissaient des glycines centenaires l’émouvaient.

Il est certain que les œuvres de Bretagne, au fur et à mesure que l’artiste vieillit sont de plus en plus libres d’exécution, les peintures sont de plus en plus énergiquement colorées et chargées de matière. La pâte en est dense et onctueuse, l’éclat certain, la luminosité vraiment impressionnante. Dans ses dernières œuvres, celles qu’il brosse après quatre-vingts ans, toutes exécutées sur des motifs locaux : Kerné – Kerhostin – Saint Julien – Portivy, son savoir-faire devient d’une liberté plus grande encore. Ce peintre qui a côtoyé toute sa vie les impressionnistes a, dans sa formule d’exécution, rejoint les derniers d’entre eux.

Saint-Pierre Quiberon peint par Léon Duval-Gozlan

Keraud Poul Pernau . Léon Duval-Gozlan. Collection particulière
Renaron. Léon Duval-Gozlan. Collection particulière
Renaron. Léon Duval-Gozlan. Collection particulière

Concernant la technique picturale, Duval-Gozlan, est attaché au pastel, au fusain, mais aussi adepte d’un mélange d’huile, pastel et gouache donnant à ses tableaux des ciels vaporeux, lumineux et flous, rendant sa peinture si singulière. On sait aussi en observant les œuvres de Duval-Gozlan que celui-ci représentait rarement la réalité du paysage qui était sous ses yeux, mais plutôt une vision imaginaire avec des maisons supprimées et d’autre rajoutées, afin d’obtenir un paysage à la composition plus harmonieuse à ses yeux. Inutile d’essayer de reconnaitre avec exactitude les rues de Kerhostin dans les œuvres de Duval-Gozlan, elles sont bien présentes, proche de la réalité, tout en étant différentes. (voir la tableau de la rue Hoche).

Quelques œuvres représentant Kerhostin

Kerhostin- la rue du Men er Roué vue d'est en ouest vers 1920 ( technique gouache). Léon Duval-Gozlan. Collection particulière
Kerhostin - la plage du village et le douet (technique aquarelle et rehauts de gouache). Léon Duval-Gozlan. Collection particulière
Kerhostin - rue Hoche .Léon Duval-Gozlan. Collection particulière

Alors que Maxime MAUFRA fut toujours attiré irrésistiblement par la mer, les roches battues par les vagues et couronnées par l’écume, par la vie des ports, DUVAL-GOZLAN devenu désormais son proche voisin dédaigne ce genre de spectacles pourtant fort émouvants. La côte sauvage et les tempêtes ne l’attireront jamais. Il avait appris de COROT l’amour des paysages calmes, des allées forestières, des chemins boisés, des étangs dont l’eau s’irise seulement du frôlement d’aile d’une hirondelle ou du saut d’une carpe. Il ne faut cependant pas croire que notre artiste n’ait jamais peint de véritables marines. Certaines d’entre elles qu’il exécuta à Port-Blanc, à la pointe de Beg-en-Aud, à Port-Bara, du côté de Kerniscop et de Kergroix sont très belles et très vivantes. On pourrait avancer que dans ces marines quiberonnaises on retrouve quelque peu la facture de Claude MONET, le MONET de Belle-Isle, et sans doute aussi la vigueur expressive de MAUFRA.
Avec l’âge, cet artiste abandonne les dessins à la plume et leurs fins rehauts d’essence colorée. Il revient de plus en plus aux larges dessins réalisés sur des feuilles entières de papier Vergé, mais aussi de papiers de couleurs. Il jette hâtivement ici, des grands traits de fusains, des traits sinueux qui exprimaient une touffe de tamarins et là la silhouette tortueuse d’un pin.

Quelques œuvres bretonne

Binic 1913 - Léon Duval-Gozlan. Collection particulière
Bord de côte- Léon Duval-Gozlan. Collection particulière
Auray - Port de Saint Goustan -Léon Duval-Gozlan. Collection particulière

C’est le 7 octobre 1941 qu’il va décéder. Selon sa volonté, ses obsèques eurent lieu très rapidement après son décès soit le lundi 9 Octobre, sans la moindre cérémonie et aussi sans le moindre discours. Pendant toute l’occupation allemande et même pendant plusieurs années qui suivirent la libération, le vieux peintre dormit anonymement sous un tertre où fleurissait l’été quelques pois de senteur roses. Son frère le rejoindra au cimetière trois années plus tard. Il avait été incarcéré par les allemands à Angers.

Tombe de Léon Duval-Gozlan et son frère
Portrait de Léon Duval-Gozlan sur sa tombe

A la demande d’un ami de Léon DUVAL-GOZLAN, Georges TURPIN, le sculpteur Elisée CAVAILLON reproduira son visage sur un bas-relief. Taillé directement dans la pierre il sera stocké à Kerhostin avant de rejoindre le cimetière. Lui et son frère, grâce peut être à la ténacité de cet ami et à la compréhension de l’héritière de Marcel DUVAL, Madame CUMAIN, et aussi grâce à la bonne volonté de son notaire Maître Pierre JOSSE de Carnac, vont enfin avoir fin 1949 la sépulture simple que nous connaissons aujourd’hui. C’est un maçon de chez nous qui a scellé le portrait de l’artiste au milieu de pierres en granit du pays. Ainsi, le dernier élève de COROT semble-t-il sourire aux rares visiteurs qui viennent lui apporter quelques fleurs.

Vous trouverez sa tombe en entrant par la petite porte du cimetière et en remontant tout droit jusqu’au fonds de la première partie ancienne, quelques dix pas à gauche après l’espace consacré aux anciens combattants. Il repose à quelques enjambées de son ami Maxime MAUFRA.

La commune rendra des années plus tard, hommage à Léon Duval-Gozlan en donnant son nom à la place du village de Kerhostin (où se situe le puits). La municipalité de l’époque hésitant entre le peintre HERTER et le peintre DUVAL-GOZLAN, c’est ce dernier qui lui fut préféré, les élus considérant sa plus grande proximité avec les habitants du village.

Livre : Georges Turpin, « Leon Duval Gozlan, le dernier élève de Corot », 1952, Debresse, Paris

Conference : Jean Michel Kervadec, salle paroissiale de St Pierre Quiberon, le 20 aout 2015

2 réponses

  1. Merci pour cet article qui rappelle la vie et l’oeuvre de ce kerhostinois , peintre post impressionniste malheureusement peu connu. Il a laissé de nombreux tableaux qui témoignent de nos paysages (ria d’Etel ) et de nos villages ( pont de la Trinité , chaumières) . Au delà de la qualité des oeuvres , le témoignage historique est aussi passionnant .
    Bravo ! pour cette belle mise en perspective.
    C’est une invitation à constituer un catalogue raisonné de cette oeuvre, , cela pourrait intéresser un ou une étudiant(e) en recherche d”un sujet de mémoire.

    ps puis-je avoir un tiré à part de l’article avec les photos ?

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