Souvenirs de la famille Kervadec

Extrait de l'article

Le 8 à Huit connu par les Saint Pierrois comme "Chez Kervadec". Boucherie puis épicerie depuis 4 générations Jean-Michel Kervadec a été maire de 1980 à 2001.

Participants à la rédaction de cet article

Entretien réalisé par Gaël Le Bourgès avec Jean-Michel Kervadec, Annette sa femme et Colette sa sœur . Rédaction Jean Louis Guého et Françoise Pichon

Copie des images et textes interdits sans l'autorisation de KER1856

Le nom de KERVADEC est lié au bourg de Saint-Pierre, grâce au magasin familial, depuis quatre générations et bien sûr en raison de la place occupée par Jean-Michel dans la vie de la commune (Jean-Michel Kervadec, Maire de 1980 à 2001, et Conseiller Général de 1985 à 2004).

6 août 1933, François (biniou) et Jean (bombarde) Magadur

La boucherie

C’est en 1903 que Joachim KERVADEC, né en 1876 à Languidic, achète la maison de la rue du Général de Gaulle et y ouvre une boucherie, avec sa femme, Marie-Louise JOSSELIN, née en 1885 à Pluvigner (Joachim était boulanger selon son acte de mariage).

Leur fils Jean-Marie nait en 1906 au bourg, dans cette maison ; il se marie le 11 avril 1934 avec Marie-Louise Le QUELLEC, née en 1912 à Kerdavid.

Elle est la fille de Louis, Joseph Le QUELLEC, cultivateur, né en 1885, décédé en 1962 et d’Honorine, Théodozine (Zynette) TILLY, née en 1885 à Kerhostin, décédée en 1967.

La boucherie années 1930
Marie-Louise Kervadec et sa belle-sœur, Louisette Kervadec
Zynette et sa vache, Kerdavid, années 60

Après leur mariage Jean-Marie et Marie-Louise reprennent la boucherie, qui va évoluer en 1939 en boucherie-charcuterie. Marie-Louise s’occupe de la vente et Jean-Marie des achats. Leur fille Colette (NDLR : sœur de Jean-Michel) raconte « les veaux étaient achetés dans les campagnes environnantes, notamment à Pluvigner, chez Monsieur LETTY, les porcs achetés sur pied étaient travaillés au laboratoire du magasin. Les bêtes étaient tuées à l’abattoir municipal à Kerbourgnec. Tout le sang allait à la côte ; les restes de l’usine La Bonne Bretonne, qui appartenait à Monsieur Manuel, allaient aussi à la côte ; il y avait aussi un abattoir à Quiberon, vers le château d’eau ».

NDLR : l’abattoir était où se trouve actuellement l’école de voile de Saint-Pierre ; voir notre article sur J-L POTEVIN et ses souvenirs de l’abattoir.

Ils fabriquaient ensemble toute leur charcuterie : pâté de campagne, pâté de tête, rillettes, andouilles, tripes, boudins, saucisses de couenne ; un jour était dédié à la fabrication du boudin un autre à la saucisse de couenne, une spécialité. En été certains jours ils préparaient des plats cuisinés : choucroute, poulet rôti, soupe de poisson…

Ils ont travaillé dur toute leur vie, avec une seule demi-journée de repos le dimanche après-midi.

Marie-Louise était une femme de caractère, elle a passé son permis de conduire à 54 ans, en 1966 ! Après le décès de Jean-Marie en 1969, elle a continué à tenir le commerce, qui faisait aussi épicerie depuis 1964, dans 35 à 40 m² environ sous l’enseigne “éGé”.

Le magasin
La boucherie

A partir de ce moment la viande était achetée à un fournisseur ; mais Marie-Louise a toujours continué à fabriquer le boudin. Christine, sa petite-fille se souvient « Je l’ai plusieurs fois aidée à faire le boudin, éplucher les oignons, les mélanger avec le sang et enfiler le mélange dans les boyaux que l’on cuisait, puis on les suspendait sur des manches à balai. Les enfants, petits ou grands ont toujours aidé au magasin ».

Elle a longtemps porté la coiffe, c’est une dame du Roch qui les amidonnait, quand elle a arrêté de le faire, Marie-Louise s’est coupée les cheveux et elle n’a plus porté la coiffe. La famille a conservé le costume de Marie-Louise et un tablier peint par Madame PAUVERT.

NDLR : Marguerite PAUVERT (1902-1983) a peint de nombreux paysages et personnages de Saint-Pierre où elle a habité, ainsi que quelques tabliers de costumes traditionnels

En 1974 son fils Jean-Michel a repris le magasin avec Annette sa femme, le magasin a été agrandi deux fois et a changé de nom : “UNA” puis “CODEC”.

“CODEC” a disparu la nuit du 31 juillet au 1er août 2005, au matin c’était devenu “SHOPI”, ensuite “8 à HUIT”, qui est maintenant une supérette de 280 m²

La famille Kervadec

Les commerces et l'activité économique

Il y avait à l’époque, beaucoup de commerces dans la commune :

– au bourg trois boucheries : BRUZAC, JEGAT et KERVADEC, plus la charcuterie PILLET. Une à Kerhostin, celle de Michel PIERRE (où se trouve « SEB débarras » aujourd’hui).

– plusieurs épiceries : “PARLIER” (à l’emplacement de la boulangerie BOBLIQUE), “les Docks de l’Ouest” (entre l’Hôtel de Bretagne et l’ancienne boucherie BRUZAC). “L’Economique” à Keraud, une à Kerhostin, une à Portivy (Marie MOISAN-HENRIO), une au Roch (GUIONVACH), une à Kervihan (MOELLO), la “COOP” à Kerdavid puis place de la Marne. Il y avait aussi l’épicerie “CORLOBÉ” rue de l’église.

– Trois boulangeries : Le GARREC à Kerdavid, rue du général de Gaulle : à l’origine Le GLOAHEC puis PLUNIAN, puis HERVÉ père, ensuite Sébastien HERVÉ, son fils et enfin LUCAS d’abord, place des Martyres de Penthièvre puis à l’emplacement actuel de BOBLIQUE.

– des Hôtels et pensions de famille : “l’Hôtel de Bretagne” tenu par Madame Thomas, puis par la famille Madec, “Mount Holyoke” qui avait une annexe à l’emplacement de l’actuel Hôtel de la Plage (qui a servi d’hôpital pendant la guerre Yves LE LAN et Jacques THOMAS y ont été opérés), “l’hôtel Bellevue”  (actuellement une résidence du même nom), les pensions de famille  “Les Tamaris” à Keraud, “les Algues” au port d’Orange (où se trouve le Bigorn’eau), à Kerbourgnec au bout de la rue Marthe Delpirou dans le village.

– les salons de coiffure de Madame AUFFRET et de la famille Le NY.

– la pharmacie PILLET, à gauche des mégalithes [père de Mme Conus qui tenait la quincaillerie, pas de lien avec le charcutier PILLET], successeur RICHARD, qui s’installera plus tard rue de l’Église, puis rue du Général de Gaulle (actuel magasin Max Plus). Aujourd’hui la pharmacie se trouve à l’emplacement du primeur ARHUIS.

– la quincaillerie CONUS, (à l’emplacement de la pension de famille “les Jumelles”), devenue par la suite un restaurant.

– Il y avait aussi des poissonneries : Mme LECHAT (rue Curie, dans un petit espace où Corinne LESCOËT a vendu par la suite des bijoux). MAIRE à Kerhostin. Mme MORILLON qui avait un étal dans la rue du Général de Gaulle puis qui s’est installée à l’emplacement de la fleuriste actuelle.

– Marie MEHUT (mère de Michel et Marie Pierre Le Floc’h) tenait un bar à l’angle, en face de la boulangerie Hervé. 

– Mélie MEHUT (sœur de Marie Méhut) tenait à côté, un petit magasin où elle vendait de la mercerie et de la petite lingerie, culottes, chemises de nuit… (à l’emplacement de l’agence immobilière actuelle).

– Nénette PADELLEC (mère d’Emile Padellec / mari de Sonia) a tenu sur la départementale une alimentation à l’emplacement de la station essence (anciennement Cat’Cycle). Elle vendait aussi de la laine, chemises de nuit… puis après son fils Emile Padellec a ouvert sur le port une mercerie (actuellement brasserie « Au bout du quai »).

Il y avait des petits métiers : lavandières, couturières, celles qui amidonnaient et repassaient les coiffes ; les laveuses allaient au lavoir du Praner qui avait deux bacs, un pour le lavage et un pour le rinçage, il était grand et très beau ; c’est Célina Le PENNEC, de Keridenvel, qui lavait le linge de la boucherie.

NDLR : le lavoir du Praner a été démoli, sous la mandature du Maire RICHARD (entre 1965 et 1971) pour permettre la réalisation d’un parking.

La vie à Kerdavid

A l’époque, la vie rurale était proche du centre bourg. Les grands-parents Le QUELLEC avaient des vaches, des cochons et deux chevaux, ils cultivaient des pommes de terre, des choux fleurs et des choux verts, des oignons, échalotes, ails, des carottes et des poireaux.

 Le grand-père vendait les légumes en faisant des tournées dans les villages de la presqu’île ; le beurre était vendu à la ferme.

Colette se souvient du ramassage des pommes de terre : « Il y avait quand même des pommes de terre primeur à Saint-Pierre, mon oncle cultivait pas mal d’oignons, il démouchait les oignons et faisait du troc. On allait dans les champs ramasser les pommes de terre le jeudi après-midi, à l’époque c’était le jour de repos de l’école ; notre récompense c’était une pièce offerte par la grand-mère et la grenaille, (toutes les petites pommes de terre qui restaient sur le terrain), qu’on ramenait à la maison ; mon régal c’était que mon grand-père venait avec le cheval et la remorque nous amener le café à quatre heures avec le pain, le beurre et le saucisson. Aux patates il y avait surtout des femmes, il y avait Marianne, qui habitait en bas du village, il y avait Mandine aussi. Tu ramassais à genoux, mon grand-père ouvrait le sillon et on ramassait, mais ce n’était pas une corvée. Les femmes ramassaient mais c’étaient les hommes qui plantaient les pommes de terre et les autres légumes, mais quand il fallait les femmes y allaient aussi. »

Les veillées

Colette raconte : « Les soirées veillées c’était surtout en hiver dans l’écurie des vaches, la petite maison qui a été vendue en face de la maison de Kerdavid, quand on entrait il y avait les deux cochons et six vaches peut-être, et on était là à raconter tous les ragots du village et chanter ; Mandine racontait des histoires, chantait, mettait de l’ambiance, nous on tricotait. Il y avait du feu dans la pièce à côté, pas dans la nôtre, mais on avait chaud l’hiver, là c’était la chaleur humaine. On ne finissait pas tard, on partait à 22 heures, tout ça s’est arrêté quand on a commencé à avoir la télévision (NDLR : voir article sur le commerce d’André MAIRE). Nous on a été un moment la voir à la gare, chez les MARGUILLARD, François KERSERHO était gardien de la propriété ; les veillées se sont arrêtées peu à peu. Je me souviens aussi de soirées dehors entre la ferme Le QUELLEC et la maison de Jeanne Le LAN, Mandine qui était une conteuse et une merveilleuse chanteuse animait la soirée, son fils était Jean Le ROUX et son petit-fils tenait le Bar des Sports, construit par les boulangers Le GARREC dans les années 1960. Les touristes venaient voir ».

Rencontres et mariages

« Mes parents ne nous parlaient pas de leur rencontre, je ne sais pas exactement, mais comme ils sont tous les deux de Saint-Pierre, j’imagine qu’ils se sont rencontrés là. Par contre mon oncle Alfred et ma tante Anne, qui était de Plouharnel, ont été séparés pendant la guerre, ils ont dû se rencontrer avant et se sont mariés après ».

A l’époque il n’y avait pas de cinéma, la grande fête c’était le pardon de Lotivy, l’événement de l’année. Ils se rencontraient à des bals, des mariages, même à l’extérieur.

Il y avait aussi les bals chez LESCOUËT à « Roz Avel », ou « aux Brisants » à Quiberon, ou sur la place sous une tente quand il y avait des fêtes organisées par des associations. »

Depuis l’époque de ces souvenirs, “8 à Huit” est toujours à la même place. Mais l’aspect du centre bourg et de l’ensemble de la commune de Saint-Pierre a bien changé : les terres naguère cultivées et les pâtures des animaux de la ferme ainsi que des commerces ont fermé aujourd’hui. De nombreuses maisons d’habitation occupent ces emplacements.

Sources et photos : entretien avec la famille KERVADEC

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