La famille Le Maire
Anne-Marie Le Maire, est née à Plouharnel en 1936, elle était la cadette d’un frère et de deux sœurs. Son père était cantonnier à Saint-Pierre Quiberon et sa mère gérait la famille, les bêtes et les cultures.
« Mon père Léon Le Maire né en 1896 était d’Erdeven et ma mère Marie-Anne Kergosien née en 1897, de Plumergat.
Mon père aimait bien son prénom, son fils et tous ses filleuls s’appelaient Léon. »
Mes frères et sœurs :
- Léon, né en 1927, habitait chemin de la Plaine (vers la route de Kerboulevin), il était marié avec une fille Sénéchal.
- Béatrice, née en 1929, a émigré au Canada.
- Marie-Thérèse, née en 1933, habitait à Portivy.
« À Plouharnel, la famille vivait dans le village de Glevenay qui a été rasé pendant la guerre. Mon père travaillait sur le chemin de fer, dans le bâtiment. »
Arrivée à Saint-Pierre en 1938-39
Mes parents habitaient une toute petite maison pas très saine à Plouharnel. La famille Plunian nous vendait des petits cochons et « Titine » a dit à mes parents : « J’ai une maison mieux que ça à Saint-Pierre », et effectivement c’était mieux, c’était la « Bretonne » à Kerdavid, rue du Ouar’h, de l’autre côté de la nationale (départementale actuellement). On habitait cette maison et mon père allait à Plouharnel tous les jours à vélo. Nous sommes arrivés à Saint-Pierre peu de temps avant la guerre, j’avais 2-3 ans.
A l’époque, il n’y avait que deux pièces et l’écurie, on habitait avec nos vaches et nos cochons. On est resté plus de 10 ans dans cette petite maison (NDLR : la » Bretonne » a été détruite en 2025 pour le projet immobilier en cours).
Pendant la guerre, ce dont je me souviens : « La peur ! la peur parce qu’on était en première ligne sur la route, c’était l’angoisse », on était les « premiers servis », sur la route nationale, ils vérifiaient partout sous les rideaux, sous les lits, mais ils étaient corrects, ma mère leur disait « Attention, il y a des enfants qui dorment », alors ils ne faisaient pas de bruit.
Quand ils venaient, et qu’on était six à table, ils interrogeaient ma mère et mon frère (qui était tout jeune), mais pas mon père. Il faut dire qu’il avait déjà été à la guerre de 14-18, alors peut-être qu’ils se disaient, on va le laisser en paix.
Vers 1950, mes parents ont acheté la maison rue du Manoir à Kerdavid et l’écurie (en bas des Canailles). Mais c’était pareil que la « Bretonne » : on avait juste deux pièces, c’est avec mon mari plus tard qu’on a fait des chambres en haut. On vivait, nos parents et les quatre enfants, au RDC, mes parents dormaient dans la cuisine et les enfants dans le séjour. Mon frère qui était grand avait son lit, moi je dormais avec ma sœur. Ma mère était satisfaite, c’était sa réussite d’avoir acheté cette maison. Nous, les enfants, on était contents d’être chez nous.
Mon père était ami avec Fernand Eveno, le secrétaire de mairie qui habitait Kerdavid aussi. Puis c’est mon frère qui a pris la suite de mon père comme cantonier.
Le matin, mon père était le premier levé, il allumait le feu puis ma mère se levait pour s’occuper des bêtes et préparer le repas parce qu’il fallait que tout soit prêt à midi. Mon père allait travailler loin, quelques fois jusqu’à Portivy, il partait à vélo.
Ma mère s’occupait de la maison et des bêtes. Elle ne savait ni lire ni écrire, mais elle savait bien calculer, elle disait : « En élevant deux cochons, ça revient pareil qu’un », on vendait un cochon au boucher et on gardait l’autre pour nous.
L’hiver, le soir, il y avait la veillée, uniquement dans la cuisine parce qu’il n’y avait pas de chauffage. On était des couche-tôt, enfin quand le travail était fini. Mon père, après son travail, allait dans les champs cultiver.
Le lavoir: pour les gens de Kerdavid, il était au Ouar’h, de l’autre côté de la nationale, ma mère lavait dans ce lavoir quand j’étais petite, je pense qu’il y a encore une pompe. Une fois, je suis tombée dans le lavoir.
Les cultures et les bêtes
Nous avions un champ vers le lieu-dit les « 4 km », on menait nos vaches jusqu’au Rohu, mais les terrains n’étaient pas à nous, on les louait à Madame Thomas et on faisait labourer par M. Kerzhéro du Praner,
Vers les « 4 km », on cultivait les pommes de terre et les légumes, finalement on se suffisait presque à nous-mêmes, sauf le pain et les fruits. On mangeait les légumes de saison, ce n’est pas comme maintenant, on veut des fruits en hiver. On cultivait des patates, des oignons, des carottes, de l’ail et des poireaux. On avait presque tous les légumes et aussi l’été des tomates, des petits pois et des haricots, on faisait des conserves, c’était un peu la corvée.
On avait des poires et des pommes. Ma mère achetait des pommes par caisse, on les gardait presque tout l’hiver. Avant, il y avait beaucoup de marchands qui passaient pour vendre. C’est vrai qu’on a manqué de rien, bon, c’est vrai qu’il fallait quand même travailler, fallait se baisser, il y en a qui préféraient aller chaparder dans les terrains. J’ai toujours vu mes parents travailler, ils étaient courageux.
« Mais qu’est-ce que vous faites là avec vos oignons ? »
Avant, les Bretons vendaient des oignons en Angleterre. Moi, j’étais toujours étonnée que ma mère boive du thé, ici on boit plutôt du café. Mes oncles faisaient le commerce des oignons avec l’Angleterre, ils devaient lui ramener du thé. Lire notre article De Kerdavid au Finistère ou comment vendre ses oignons
» Marie-Anne, c’était le syndicat d’initiative ! » nous dit Jean-Paul Le Blay, les touristes s’arrêtaient pour se renseigner.
Dominique le fils d’Anne-Marie se souvient qu’enfant, il aidait à rentrer les patates et les oignons tous les soirs pendant l’été. Il enmenait aussi les vaches à la prairie (place du marché devant l’entrée du manoir).
Le boucher Bruzac tuait le cochon une fois par an, il le faisait en bas vers l’écurie. Ma mère n’aimait pas ça, elle partait, par contre tous les enfants qui revenaient de l’école venaient voir.
On faisait tout cuire dans le four, on avait des grands plats pour faire cuire le pâté et le boudin. Mon père prenait une journée de congé, c’était du boulot tout ça. On distribuait une tranche de pâté aux voisins. L’autre cochon, elle le vendait au boucher Bruzac. Plus tard, ma mère nous faisait parvenir chez nous à Meudon, un colis avec un peu de tout, qu’elle envoyait par le train, en transport express.
Quand on tuait les veaux, moi je pleurais avec la vache, quelle tristesse ! Les vaches étaient aussi vers le chemin de la Plaine (route de Bar Avel).
Tout le monde envoyait les vaches au taureau à Kerboulevin ou Kervihan. Une fois, le facteur passe et nous dit : « Bon ben vous irez chercher la vache parce qu’elle est partie voir le monsieur », on avait compris…
L'école publique à Saint-Pierre puis l'école ménagère à Quiberon
À Saint-Pierre, mes parents ont demandé que l’on soit toutes à l’école privée, mais l’école Keraud a refusé car j’étais trop petite, alors les trois filles, on a été à l’école publique et j’étais bien contente car sinon j’aurais été avec des filles que je n’aimais pas.
Il n’y avait que l’école publique pour les garçons à l’époque.
On allait à l’école des filles à côté de la mairie, les classes étaient là où ils reçoivent les gens, au fond de la cour il y avait aussi une classe, la cantine était aussi dans la cour, la maternelle était à l’emplacement des logements sociaux.
Moi, j’étais avec les filles du boucher Bruzac, Josette et Nicole, et les filles de Mme Moisson, Paulette et Monique. On n’était pas de la même bande que les filles de l’école privée… C’était très marqué à l’époque, la différence entre les familles selon les écoles, « la bande de l’école des curés ». On ne les fréquentait pas.
Moi, j’adorais l’école, j’ai passé le certificat à 14 ans, quand la directrice de l’école m’a demandé ce que j’allais faire après le certificat, elle m’a plainte de partir à l’école ménagère, elle savait que j’aurais pu faire autre chose. A l’école ménagère à Quiberon on apprenait un peu de tout, on faisait des maths, mais la couture ce n’était pas mon fort.
Nous, les trois filles, on était toujours en tête de classe, moi je voulais être institutrice, mais ma mère, dans son esprit, c’était « Tu sauras coudre », j’ai réussi tous mes examens, par fierté mais pas par goût de la couture.
Après l’école ménagère à 17 ans, je me suis retrouvée à Saint-Cloud dans une famille avec 5 enfants, je travaillais de 7 h à 9 h du soir et là j’ai fait de tout. En fait, j’ai rencontré mon mari à 19 ans et j’ai arrêté pour me concentrer sur mes enfants, on habitait à Meudon.
Il y a beaucoup de gens comme nous qui sommes partis là-bas, pour travailler.
Des petits boulots sur la Presqu'île
Je travaillais l’été dans les commerces de souvenirs à St-Pierre et à la mercerie qui vendait aussi des objets de souvenirs. Je faisais aussi quelques heures de ménage chez les touristes.
Mon frère et ma sœur Marie-Thérèse ont travaillé un peu à l’usine, mais ma sœur a dit à ma mère : « Je ne veux pas qu’Anne-Marie aille travailler à l’usine », il faut dire que je n’avais pas une santé très forte, j’avais toujours quelque chose qui n’allait pas, je disais à mes parents : « Vous m’avez loupée ! »
Ici, il n’y avait pas de travail, mon frère est parti dans la Somme faire les betteraves. À Kerdavid, il a travaillé à la caisserie en bas, à la distillerie ((NDLR distillerie au début du 20ème sciècle, actuellement le Centre Culturel), pour faire des caisses pour la conserverie et à Quiberon dans une entreprise de maçonnerie. Il a toujours travaillé.
Ma sœur Marie-Thérèse a été gardienne très longtemps de la grande maison au feu de Kerdavid sur la nationale, après elle a été gardienne de la résidence au bord de la plage à Port d’Orange, celle qui a remplacé la conserverie. Son mari était malade, et on a proposé au couple d’être gardien de cette résidence. Marie-Thérèse a aussi travaillé à Quiberon aux « Trois Îles », un hôtel qui recevait des célébrités.
Béatrice avait 8 ans de plus que moi, elle avait travaillé à Saumur dans un magasin de chaussures. Elle a suivi son mari qui voulait s’installer au Canada, elle n’était pas heureuse avec lui et c’est bien dommage qu’elle soit partie alors qu’elle avait un bon poste, elle était secrétaire de direction, elle était belle et intelligente. On l’a revue deux fois, nous sommes allés au Canada pour le mariage de son fils et elle est venue une seule fois dans les années 1970, mais mon père était déjà aveugle. Mon père et elle, ça ne fonctionnait pas entre eux.
Le mariage de Léon Le Maire fils né en 1927
Le mariage de Léon Le Maire fils, né en 1927 avec Anne Le Sénéchal née en 1930, du Rohu. Date à revoir
On peut voir sur la photo : les parents du marié, Léon père et Marie-Anne à gauche du marié, au premier rand. Puis Anne-Marie et son mari, à droite, au milieu avec leurs enfants dans les bras.
Et comme dans tous les mariages l’accordéoniste. Voir nos deux brèves publiées en février 2026